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33 000 habitants sur 2,6 hectares, soit plus d’un million au km² : à Hong Kong, cette ville empilée a été entièrement rasée en 1994

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Imaginez un lieu si saturé d’habitants qu’on y comptait plus d’un million de personnes au kilomètre carré. Cette densité n’est pas une extrapolation théorique, elle a bel et bien existé à Hong Kong. La cause remonte à un découpage diplomatique approximatif datant de la fin du dix-neuvième siècle, qui a créé une poche de territoire sans autorité claire. Dans cet interstice administratif s’est développée la Citadelle de Kowloon, un empilement de béton où s’entassaient environ 33 000 habitants sur seulement 2,6 hectares. Depuis 1994, plus âme qui vive n’arpente ses couloirs sombres. Voici comment ce bidonville vertical est né, a prospéré, puis a disparu.

À retenir

  • La Citadelle de Kowloon affichait une densité record d'environ 1 255 000 habitants par km², née d'un vide juridique issu de la Convention de 1898 entre la Chine et la Grande-Bretagne
  • Livrée à l'absence totale d'autorité policière ou sanitaire, elle s'est développée en un bidonville vertical de 14 étages, sans normes de construction ni de sécurité
  • Démolie entre 1993 et 1994 après accord sino-britannique et indemnisation des habitants, elle a été remplacée en 1995 par le Kowloon Walled City Park

33 000 habitants, 2,6 hectares : la densité la plus folle jamais recensée sur terre

Un recensement gouvernemental mené en 1987 a dénombré environ 33 000 habitants sur une surface de 6,5 acres, soit à peine 2,6 hectares. Pour donner un ordre de grandeur, cela représente une densité avoisinant 1 255 000 habitants par kilomètre carré. À titre de comparaison, Paris intra-muros, pourtant réputée pour son habitat compact, culmine à environ 20 000 habitants par kilomètre carré. La citadelle affichait donc une concentration humaine plus de soixante fois supérieure.

Le South China Morning Post avance de son côté une estimation légèrement différente, évoquant 35 000 résidents sur 2,7 hectares à la fin des années 1980. D’autres sources évoquent même jusqu’à 50 000 habitants selon les périodes et les méthodes de comptage. Ces écarts s’expliquent facilement : personne, pas même les autorités, ne tenait de registre fiable dans cette enclave où l’administration n’avait jamais vraiment mis les pieds.

Concrètement, cette densité extrême se traduisait par un enchevêtrement de bâtiments collés les uns aux autres, montés parfois jusqu’à quatorze étages sans jamais d’autorisation de construire ni de normes de sécurité. Les habitants circulaient par des passerelles suspendues et des escaliers improvisés, la lumière du jour n’atteignant quasiment jamais le rez-de-chaussée. Un dédale où chaque mètre carré disponible finissait tôt ou tard occupé par un logement, un atelier clandestin ou un cabinet médical sans licence.

Ni Londres ni Pékin : le vide juridique qui a transformé Kowloon en zone de non-droit

Pour comprendre comment un tel endroit a pu exister en plein cœur d’une métropole administrée par l’Empire britannique, il faut remonter à la Convention de 1898. Ce traité louait les Nouveaux Territoires à la Grande-Bretagne pour une durée de 99 ans, mais prévoyait que la citadelle resterait sous juridiction chinoise. La Chine conservait donc en théorie sa souveraineté sur ce petit carré de terre, pendant que les Britanniques administraient tout ce qui l’entourait.

Le 19 mai 1899, les forces britanniques ont tenté de trancher la question en envoyant des troupes pour chasser les fonctionnaires et la garnison chinoise. Elles n’y ont pas trouvé la foule qui allait s’y installer des décennies plus tard. Mais l’ambiguïté juridique est restée intacte : ni vraiment chinoise, ni vraiment britannique, la citadelle est devenue un angle mort administratif que personne ne voulait vraiment gérer.

Selon le South China Morning Post, les tentatives d’évacuation menées avant les années 1980 ont toutes échoué pour la même raison : les habitants brandissaient systématiquement l’appartenance théorique du site à la Chine pour menacer de provoquer un incident diplomatique. Face à ce risque, les autorités de Hong Kong ont fini par adopter une politique de non-intervention. Ni la police, ni les inspecteurs sanitaires, ni les percepteurs d’impôts n’y mettaient les pieds. Ce vide a laissé le champ libre à une urbanisation sauvage, portée par des vagues successives de migrants et de réfugiés venus s’y réfugier faute de mieux.

De la démolition à 1995 : comment une citadelle tentaculaire est devenue un jardin public

C’est en 1987 que les gouvernements britannique et chinois se sont finalement accordés pour mettre fin à cette anomalie urbaine, en invoquant officiellement la dégradation des conditions de vie sur place. La décision a été annoncée formellement le 14 janvier 1987. Le processus d’éviction qui a suivi, assorti de 2,7 milliards de dollars de Hong Kong versés en indemnisations aux habitants, s’est étalé jusqu’en 1992, preuve que reloger des dizaines de milliers de personnes ne s’improvise pas.

Les bulldozers sont entrés en action le 23 mars 1993, et la démolition s’est achevée en avril 1994. En quelques mois, un labyrinthe construit et densifié pendant des décennies s’est effondré sous les pelleteuses. Seul un bâtiment d’origine a échappé à la destruction, le yamen de l’époque Qing, qui a été restauré puis classé monument par l’Antiquities and Monuments Office de Hong Kong en 1996.

Sur l’emplacement de l’ancienne citadelle a ouvert, le 22 décembre 1995, le Kowloon Walled City Park. Ce parc de 3,10 hectares, aujourd’hui géré par le Leisure and Cultural Services Department, propose des jardins paysagers inspirés de l’architecture chinoise traditionnelle, à mille lieues du chaos bétonné qui occupait autrefois les lieux. Plus récemment, une exposition de décors répliques issus du film Twilight of the Warriors : Walled In, sorti début mai 2024 et ayant dépassé 111 millions de dollars de recettes mondiales, a été installée sur le site pour une durée de trois ans, permettant aux visiteurs de se figurer, le temps d’une promenade, l’ambiance si particulière de cette citadelle disparue.

Il ne reste donc presque rien de la citadelle physique, mais son souvenir continue de fasciner urbanistes, cinéastes et curieux du monde entier. Vers 1987, environ 33 000 personnes vivaient sur 2,6 hectares, hors de l’autorité réelle de Londres comme de Pékin, dans ce qui demeure sans doute l’exemple le plus extrême de densité urbaine jamais documenté. Rasée en 1993 et 1994, la citadelle a laissé place à un parc ouvert en 1995, un espace aujourd’hui paisible qui porte encore, en filigrane, la mémoire de ce que fut ce morceau de ville hors norme.

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Rédigé par Brice L.

Brice est un journaliste passionné de sciences. Il écrit des articles scientifiques depuis plus d'une décennie, partageant avec vous les nouvelles découvertes et les dossiers les plus intéressants.

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