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La surenchère des billets se poursuit. Certaines plateformes continuent d’afficher des billets à des prix au-delà de leur valeur de départ, malgré la loi adoptée le 23 avril pour interdire cette pratique.
Le ministre Stephen Crawford affirme que le gouvernement en est, pour l’instant, à l’étape de l’avertissement. Il souligne que des lettres ont été envoyées – y compris aux grandes plateformes comme StubHub et SeatGeek – et que des inspections sont en cours cette semaine.
Que vous soyez un petit vendeur ou un grand vendeur, si vous faites partie du marché secondaire, vous allez recevoir une lettre et vous allez faire l’objet d’une inspection, prévient le ministre des Services au public et aux entreprises.
Les enquêteurs du ministère pourront questionner les revendeurs sur leurs pratiques, par téléphone ou en personne. Ils ont également le pouvoir d’imposer des mesures coercitives, telles que des amendes qui pourraient se situer entre 3000 $ et 250 000 $.
Or, le ministre indique qu’il ne souhaite pas, à court terme, imposer de mesures punitives aux plateformes. Il considère que les entreprises ont besoin de temps pour faire des changements techniques et se conformer à la loi.
Nous voulons travailler main dans la main avec ces entreprises. Nous ne sommes pas là pour faire tomber le couperet, à cette étape-ci.
Des options coercitives demeurent sur le radar du ministre, à plus long terme. Au fur et à mesure que le temps avance, si on ne constate pas de changements chez certaines entreprises, nous leur parlerons, et elles recevront des amendes, confirme-t-il.
Les plateformes sous la loupe
Trois semaines après l’adoption par l’Assemblée législative des mesures visant à freiner la surenchère, un survol des sites de vente de billets permet de constater une conformité fort inégale.
La plateforme StubHub publie la valeur d’origine de chaque billet sur son site web. Mais au moment de passer au paiement, le prix – avant les taxes et frais ajoutés – se décuple, ou presque.

Entre la valeur de départ de 193,13 $ et la valeur finale de 1710 $, le prix d’un siège dans un spectacle de Bruno Mars est presque multiplié par neuf sur la plateforme StubHub, avant d’ajouter les taxes et les frais.
Photo : Radio-Canada / Radio-Canada/StubHub
La plateforme SeatGeek, quant à elle, n’indique pas la valeur de départ de ses billets. Mais le prix d’un billet proposé sur la plateforme – pour un spectacle de Bruno Mars à Toronto – se situe près du double de la valeur initiale indiquée sur le site de Ticketmaster pour un siège comparable, dans la même section du stade Rogers.
Belote et rebelote chez Vivid Seats et Gametime : les billets sont offerts à des prix qui dépassent largement la valeur d’origine de billets semblables, telle qu’affichée par Ticketmaster.
Outre cette dernière – qui, bonne élève, a modifié sa plateforme au cours des dernières semaines pour se conformer à la loi – les plateformes soutiennent qu’elles travaillent toujours avec le gouvernement dans le but de s’adapter aux nouvelles règles.
SeatGeek insiste sur le fait qu’elle travaille à se conformer. Gametime, pour sa part, affirme qu’elle coopère pleinement et demeure engagée à résoudre ces enjeux de manière appropriée, selon son directeur commercial, Larry Martin.
Chez StubHub, le porte-parole Jack Sterne dit ne pas pouvoir expliquer l’important écart entre le prix demandé et le prix d’origine des billets vendus sur la plateforme. Nos journalistes lui ont présenté trois exemples de telles anomalies, tirés de son site web.

Un billet sur la plateforme SeatGeek se vend presque le double de la valeur d’origine indiquée pour un billet comparable sur le site web de Ticketmaster.
Photo : Radio-Canada / Radio-Canada/Ticketmaster/SeatGeek
Il affirme néanmoins que StubHub manque de détails sur l’application de la loi : plus précisément, l’entreprise tente de comprendre si elle s’applique rétroactivement aux billets déjà en vente lors de son adoption. Ces billets pourraient donc être associés à des prix plus élevés, argue-t-il.
Un enjeu technique?
Questionné sur la surenchère qui se poursuit sur ces plateformes, le ministre Stephen Crawford souhaiterait qu’elles agissent avec célérité.
Si elles font ça de manière flagrante, à ce point-ci, je les encouragerais à retirer [ces billets de revente] très rapidement.
Or, Viagogo, qui est propriétaire de StubHub, évoque un obstacle technique qui n’aurait pas été pris en compte par le gouvernement : comment connaître le prix d’origine des billets?
L’entreprise dit être incapable de vérifier cette information avec certitude. Elle se fie donc aux déclarations de ses utilisateurs qui désirent revendre des billets, tout en faisant des démarches de vérification à la pièce.
Le directeur des affaires gouvernementales de Viagogo, Frank Mulqueen, croit que la solution réside dans l’intégration des systèmes informatiques, entre les plateformes de vente et de revente. La proposition a été lancée, mais n’a pas abouti, pour l’instant.
Tout en assurant que StubHub a l’intention de se conformer à la loi, Frank Mulqueen regrette que ces enjeux n’aient pas été réglés avant que le nouveau régime n’entre en vigueur.
Il y a beaucoup d’incertitude, entre les législateurs, entre certains régulateurs, et certainement entre nous, non seulement [Viagogo], mais toute l’industrie.
Vass Bednar concorde. Le directeur général du groupe de réflexion non partisan Canadian Shield Institute, voué à la souveraineté économique canadienne, estime que les doléances de StubHub sont raisonnables.
Malheureusement, un changement de politiques publiques, ça ne modifie pas la réalité du jour au lendemain, souligne-t-il. Il a simplement modifié la manière dont le marché est censé fonctionner [en théorie].
Il croit néanmoins que le gouvernement doit agir rapidement pour appliquer la loi, sinon la population s’en rendra bientôt compte.
La solution retenue par le gouvernement, au final, n’était peut-être pas la bonne, croit Pascal Courty, professeur d’économie à l’Université de Victoria : limiter les prix de revente pourrait pousser les revendeurs à quitter les plateformes crédibles, et à se tourner vers d’autres lieux d’échange où les fraudes sont plus fréquentes.
Si un petit courtier veut faire affaire, à l’extérieur d’une plateforme [connue], avec quelqu’un qui veut un billet, tant que le détenteur du billet peut convaincre l’acheteur que le billet est authentique, comment le gouvernement peut-il les en empêcher?, argumente-t-il.
Une inquiétude légitime, selon Vass Bednar, qui tempère : les nouvelles mesures du gouvernement pourraient, croit-il, avoir un effet calmant sur les pratiques de prix abusifs. Les gens vont trouver des astuces pour revendre des billets au-delà du prix d’origine, mais la nouvelle loi devrait rendre ça plus difficile. Ce ne sera plus la norme.
Avec les informations de Abby Hughes et Dave Seglins, CBC News


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