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20 morts en 11 ans sur l’A-20 entre Rimouski et Mont-Joli

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Depuis 2015, 20 personnes ont perdu la vie sur l’autoroute 20 entre Rimouski et Mont-Joli, dont 16 dans une collision avec un véhicule qui circulait en sens inverse, selon les données du Bureau du coroner et de la Sûreté du Québec.

Sur les 17 rapports de coroner disponibles – trois investigations sont toujours en cours – une seule coroner a fait une recommandation pour sécuriser ce tronçon d’autoroute. Cette recommandation remonte à 2024, à la suite de la mort d’une jeune femme de 28 ans.

Ces investigations n’identifient pas de causes communes pour expliquer ces accidents. Dans leurs rapports, les coroners évoquent parfois des pertes de contrôle, la météo ou l’inexpérience du conducteur ou de la conductrice. Dans cinq cas, des manœuvres de dépassement dans la voie inverse ont précédé les accidents.

Les rapports révèlent également que, parmi les victimes, il n’y a qu’une seule personne qui s’est volontairement enlevé la vie.

Cependant, les collisions entre deux véhicules roulant en sens inverse sont nombreuses.

Si les coroners ont été avares de recommandations concernant la sécurisation de ce tronçon d'autoroute, une mère en deuil de Rimouski, pour sa part, exhorte les autorités à agir.

Ce qui aurait pu lui sauver la vie, c’est ça : un terre-plein. Deux voies. Une vraie 20, pas une 10, lance Christine d’Astous, en reprenant une expression – l’autoroute 10 – utilisée dans la région pour parler de cette autoroute qui comporte deux voies au lieu de quatre.

Son fils, Madison Coulombe, est mort sur l’autoroute le 11 juin 2022.

Une photo de Christine D'Astous dans son salon dans son appartement. L'urne et des photos de son fils sont installées en arrière.

Christine D'Astous espère qu'un jour un gouvernement ajoute un terre-plein pour prévenir les accidents sur l'autoroute 20.

Photo : Radio-Canada / François Gagnon

Cette journée-là, le jeune homme de 27 ans revenait de sa journée de travail. Juste avant le pont qui enjambe la rivière Rimouski, il a dévié de sa voie alors qu’un camion lourd arrivait en sens inverse. À la dernière seconde, Madison a tenté de l’éviter, mais c’était trop tard.

Selon le coroner, Madison s’est probablement endormi au volant de son véhicule.

Sa mère aurait souhaité qu'il y ait une recommandation. Elle estime que s’il y avait eu un terre-plein, son fils aurait eu un accident, mais il serait peut-être encore en vie.

Mon fils aurait eu une chance de survie si ça avait été deux voies qui ne se rencontrent pas. [...] Il n’aurait pas fait un face-à-face.

Christine D’Astous raconte que, chaque fois qu’un autre accident se produit sur l’autoroute, l’histoire de son fils et sa tristesse refont surface. Je dis : ‘’Pas encore. Pas encore un autre.’’ Si c’est un enfant, moi, je sais ce que les parents vont vivre.

Tout en continuant à faire son deuil, elle craint que l’autoroute 20 fauche la vie d’autres jeunes. Tant que ce ne sera pas réparé, ça va rester comme ça, peste Christine D’Astous.

Huit des 20 personnes à avoir perdu la vie sur ce tronçon depuis 2015 avaient moins de 30 ans. Ces jeunes ont tous été victimes d'une collision avec un véhicule qui circulait en sens inverse.

Une approche stratégique, répond le coroner

Questionné au sujet de la quasi-absence de recommandations concernant l’autoroute 20 entre Rimouski et Mont-Joli, le Bureau du coroner assure d’abord qu’il est commun que les investigations ne mènent pas à des recommandations. En 2025, à peine 5 % des rapports en contenaient une, indique-t-on.

Le coroner en chef, Reno Bernier, précise par courriel que son bureau suit avec attention le dossier de l'autoroute 20 et que [les coroners] privilégient également une approche stratégique visant à éviter une multiplication des recommandations qui pourrait en atténuer la pertinence, l’impact ou la crédibilité.

Le faible nombre de recommandations émises, comme celui de l’autoroute 20, ne doit pas être interprété comme un manque d’intérêt.

Une photo d'un rapport du Bureau du coroner à la suite de la mort d'une personne.

Le Bureau du coroner a le mandat d'enquêter sur « les circonstances des décès obscurs, violents ou survenus par suite de négligence ».

Photo : Radio-Canada / Alix Villeneuve

Karine Spénard, coroner en chef adjointe, explique aussi que les investigations des coroners en cas d’accident ne se résument pas seulement à l’infrastructure routière. La vitesse, les conditions météorologiques ou les comportements dangereux peuvent, parfois, être la cause principale d'un accident.

Je comprends qu’il peut y avoir des éléments communs qui peuvent se dégager. Mais encore faut-il qu’ils soient contributifs.

Elle reconnaît que des collisions frontales ne sont pas fréquentes sur les autoroutes qui ont un terre-plein. Cependant, Karine Spénard indique devoir considérer les autres facteurs. Chaque situation est un cas d’espèce, dit-elle.

Elle donne un exemple fictif où une personne aurait pu faire une collision frontale après avoir conduit en état d’ébriété. La configuration de la route [...] ce n’est pas ça qui aurait fait en sorte que ce décès particulier là aurait pu être évité. Donc, il n’y aura pas de recommandation.

Des recommandations discutées au préalable

D’ailleurs, Karine Spénard explique qu’avant de recommander quelque chose, les coroners en discutent aussi avec l’organisme ciblé.

Peut-être qu’en échangeant avec notre destinataire on va se rendre compte qu’il y a déjà des mesures en place qui sont en train d’être déployées. [...] Dans une telle situation, il n'y a pas de pertinence de faire une recommandation parce que c’est déjà en branle.

D'ailleurs, la faisabilité et l’applicabilité de la recommandation sont également abordées en amont, selon ce qu'indique le bureau du Coroner dans son plus récent plan stratégique, qui date de 2022.

       Des voitures accidentées et des véhicules d'urgence.

Le 16 novembre 2023, un grave accident sur l'autoroute 20 coûte la vie d'une jeune mère de la région.

Photo : Radio-Canada

À la suite de la mort d’une jeune mère en 2023, la ministre des Transports de l’époque, Geneviève Guilbaut, avait affirmé que l’élargissement de l’autoroute devait d’abord s’appuyer sur des constats venant des coroners.

Lorsque cette recommandation a finalement été publiée, le ministère des Transports et de la Mobilité durable (MTMD) n’a toutefois pas changé sa position : l’ajout de voies de dépassement ferait l’affaire. D'ailleurs, officiellement, la recommandation a été accueillie favorablement, puisque le MTMD considère que l’ajout de voies de dépassement est une mesure permettant d’atteindre le même objectif que l'élargissement à quatre voies.

C'est l'organisme visé lui-même – dans ce cas-ci le ministère des Transports – et non pas le Bureau du coroner qui détermine si une recommandation est suivie ou non, explique Karine Spénard. Le coroner n’est pas expert dans tout.

Le Bureau du coroner rappelle cependant une chose : les organismes ne sont pas obligés d'attendre une recommandation. Les destinataires, le MTMD par exemple, va recevoir les rapports avec les recommandations, mais aussi les rapports [sans] recommandation, ajoute Karine Spénard.

D’autres accidents… et d’autres deuils

Depuis la recommandation du coroner de juin 2024, au moins cinq personnes ont perdu la vie sur l’autoroute 20 entre Rimouski et Mont-Joli. Trois d’entre elles, dont un adolescent de 17 ans, sont mortes à la suite de collisions frontales, selon les informations de la police ou les rapports de coroners disponibles.

Un autre parent endeuillé, Marc Beaulieu, déplore l’inaction de Québec. L’autoroute, la voie qui est là, est dangereuse. Il faudrait qu’elle soit élargie!, lance-t-il.

Sa blessure est récente. Le 10 mai 2026, Marc Beaulieu a perdu son fils, Sylvain, 45 ans. Sa moto s’est retrouvée dans l’autre voie avant de percuter un camion cube. Le coroner retiendra un moment d’inattention survenu en même temps qu'une rafale de vent.

Une photo de la photo de Sylvain Beaulieu, dans la résidence de son père, Marc Beaulieu.

Le fils de Marc Beaulieu, Sylvain Beaulieu, est mort à la suite d'une collision frontale sur l'autoroute 20 en mai dernier.

Photo : Radio-Canada / Alix Villeneuve

Bien qu’il accepte de nous parler, Marc Beaulieu ne veut pas trop attirer l’attention ni être pris en photo. Aujourd’hui, il veut parler du danger que représente l’autoroute 20, sans trop mettre l’accent sur son fils.

Il faut une autoroute à quatre voies, insiste-t-il. Ça aurait certainement donné des chances à Sylvain. L’accident aurait été évité. Au pire, il serait rentré dans le terre-plein, estime-t-il.

Marc Beaulieu manifeste peu d’espoir que ses demandes soient entendues. C'est toujours une question de budget et s’il n’y a pas d’argent, il n’y a pas d’argent.

On est encore là et je suis à peu près convaincu qu’il va se faire plusieurs élections là-dessus. C’est comme le troisième pont à Québec. On en a parlé, on va en parler et on va encore en parler longtemps.

La croix avec le nom de Madison dans un champ décorée de fleurs.

Christine D'Astous entretient la croix installée à l'endroit où son fils a perdu la vie.

Photo : Gracieuseté : Christine D’Astous

Pour la mère de Madison Coulombe, Christine D’Astous, c’est important de continuer à en parler.

Je suis une personne d’habitude assez réservée , affirme-t-elle pour signaler qu’elle ne recherche pas les projecteurs. Elle explique toutefois qu’elle voulait tenter un grand coup et parler de son histoire pour faire bouger les choses.

Alors que les partis politiques et les futurs décideurs s’activent pour la campagne électorale, croit-elle que, cette fois, avec son témoignage, la recommandation du coroner de 2024 et les appels du public, l’autoroute va finalement être élargie à quatre voies?

Faudrait que ce soit la bonne. Faudrait que ça bouge. Faudrait qu’il se passe quelque chose. J’espère aussi qu’il y a d’autres gens qui vont faire comme moi, pour les persuader et les convaincre qu’il faut que ça se fasse.

Je veux que son décès serve à quelque chose. Je ne veux pas qu’il soit parti pour rien.

Et je sais qu’il est avec nous autres aujourd’hui.

Avec la collaboration de Julie Tremblay

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