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« Vous vous êtes trompés de chemin, allez dans le secteur privé. » La phrase date de février 1987, prononcée par Paul Biya face à Éric Chinje, rédacteur en chef de la Cameroon Television, sur la question des fonctionnaires millionnaires. Presque quarante ans plus tard, l’archive résonne étrangement avec l’actualité.
Une interview qui n’a pas pris une ride
Le contexte de l’époque mérite d’être rappelé. En 1987, le Cameroun sort d’une décennie de croissance portée par le pétrole et le cacao, avant que la crise économique ne frappe le pays dès la fin des années 1980. C’est dans ce climat que le Président répond à une question directe sur les fortunes suspectes dans l’administration publique.
Sa réponse est nette. Selon lui, la Fonction publique n’est pas faite pour s’enrichir, et ceux qui veulent gagner beaucoup d’argent doivent aller voir ailleurs, dans le secteur privé. Le chiffre qui frappe dans cet échange, ce n’est pas un montant, c’est une durée : près de quatre décennies séparent cette déclaration de notre époque, et le sujet n’a toujours pas disparu des radars.
Le journaliste insiste, pose la question qui fâche : comment expliquer ces fonctionnaires millionnaires malgré des salaires connus de tous ? Paul Biya évoque alors des instructions données aux services de sécurité pour enquêter sur les fortunes illégitimes.
Une promesse de loi restée en suspens
Le Président annonce, ce jour-là, qu’une commission planche sur la question et qu’une loi contre l’enrichissement illicite pourrait être envisagée avec l’Assemblée nationale. C’est le moins qu’on puisse dire : cette annonce a mis du temps à se concrétiser.
Le Cameroun ne s’est doté d’un dispositif structuré, avec la Commission Nationale Anti-Corruption, qu’en 2006. Soit environ dix-neuf ans après cette interview. Et la question de l’enrichissement sans cause reste, aujourd’hui encore, un sujet régulièrement posé dans le débat public, à chaque scandale de détournement révélé.
Difficile de ne pas y voir une forme de continuité troublante entre ce discours de 1987 et les préoccupations actuelles. Le fond du problème n’a, semble-t-il, jamais vraiment été réglé.
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Laurent Diby
Journaliste économique pour 237online.com, Laurent Diby couvre les finances publiques, l'énergie, les infrastructures et les marchés camerounais. Email: [email protected]


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