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Après environ trois ans d’attente, Marie-Claude Coulombe a reçu cette semaine une lettre qui l’a beaucoup soulagée. Enfin, on l'accepte dans un groupe de médecine familiale (GMF) à Sept-Îles. Elle fait partie d’une vague de prise en charge de patients grâce à laquelle les médecins de famille de la Côte-Nord atteignent l’objectif qu’ils s’étaient fixé.
En décembre dernier, la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ) s’engageait à prendre en charge des centaines de milliers de personnes à l’échelle de la province, dont 3700 sur la Côte-Nord.
Elle promettait aussi de prioriser les patients vulnérables. Son objectif dans la région était d’en prendre en charge 980 d’ici le 31 mars. En date de mercredi, 1283 d’entre eux ont reçu des lettres de médecins de famille ou de GMF de la région.
Marie-Claude Coulombe fait vraisemblablement partie de ce nombre. En 2021, elle se fait diagnostiquer un problème de santé mentale. Deux ans plus tard, elle perd son médecin de famille. J’ai eu l’impression de tomber entre deux chaises.
Les patients considérés vulnérables ont des conditions complexes ou chroniques, telles qu’un cancer, un trouble de santé mentale, une maladie cardiovasculaire ou un diabète.
C’était très insécurisant pour la gestion du diagnostic que j’ai et pour la gestion des problèmes du quotidien.
La prise en charge de patients comme Marie-Claude Coulombe ne s’est pas faite en claquant des doigts. Elle est le fruit d’efforts concertés, insiste Guillaume Lord. Ce sont des objectifs ambitieux, souligne le président de l’Association des médecins omnipraticiens de la Côte-Nord.

Le président de l’Association des médecins omnipraticiens de la Côte-Nord, Guillaume Lord, est fier de la prise en charge des patients vulnérables par ses collègues. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada
Tout le monde a mis la main à la pâte. C’est très positif de voir que ça a porté ses fruits! se réjouit-il.
En effet, la prise en charge de patients vulnérables se fait sur une base volontaire, explique-t-il. Un médecin de famille doit aviser le Guichet d’accès à la première ligne. Le guichet va ensuite sélectionner un patient à partir d'une liste où les personnes sont priorisées en fonction de leur état de santé.
Pour encourager les médecins de famille à aller de l’avant, Guillaume Lord indique qu’une campagne de sensibilisation a été mise en branle. Les ressources administratives ont aussi été mises à contribution pour accélérer le processus.
C’est le fun de voir ça plutôt que le climat de confrontation qui avait lieu en 2025 [durant la négociation avec Québec].
Un succès à double tranchant
La Côte-Nord reste plombée par une pénurie de médecins de famille. Dans ces circonstances, la prise en charge de nouveaux patients accentue la pression sur le personnel en place, selon la directrice du GMF-U de Manicouagan à Baie-Comeau, Valérie Therriault.
Elle-même médecin de famille, elle souligne à grands traits que l’augmentation du nombre d'inscriptions ne se traduira pas nécessairement par un plus grand accès aux médecins, si ceux-ci ne sont pas plus nombreux.
Ça fait certainement de beaux chiffres pour un gouvernement, mais est-ce que ça améliore les soins? Non.
La vingtaine de médecins du GMF-U de Manicouagan prennent en charge quelque 9000 patients. Ils acceptent toutefois de suivre un nombre très variable de personnes, qui va de 150 à plus de 1000 pour certains docteurs, note Mme Therriault.

La directrice du GMF-U de Manicouagan, Valérie Therriault, souligne que la pénurie de médecins de famille limite l'accès aux soins des patients, qu'ils soient pris en charge ou non. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Benoit Jobin
En effet, les médecins de famille de la Côte-Nord se consacrent majoritairement à soigner des gens à l’extérieur de leur cabinet. Leur temps est à 70 % occupé par la pratique hospitalière, précise Guillaume Lord, que ce soit à l’urgence où dans des CHSLD, par exemple.
Des patients auront donc été pris en charge, mais ça ne veut pas nécessairement dire qu’ils pourront voir leur médecin à temps, prédit Valérie Therriault. On en revient à la théorie des vases communicants : plus de patients auront une clinique d’attache sur papier, mais s’ils ne sont pas disponibles pour les voir, ces patients iront vers d’autres ressources, comme l’urgence.
Pour trouver un équilibre, la solution passe d’abord et avant tout par le recrutement de nouveaux médecins et la rétention de ceux déjà présents, selon elle, un problème de longue date dans la région.
La médecin de famille garde tout de même espoir que l’accès aux soins peut s’améliorer dans la région. Elle note par exemple des améliorations au chapitre de l'administration.
On est à la croisée des chemins, observe Valérie Therriault, il faut repenser notre système de santé.


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