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12 000 colons expédiés en Guyane pour remplacer le Canada perdu : en moins de deux ans, 9 000 n’étaient plus là pour voir la colonie

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À la veille du traité de Paris de 1763, qui enlève le Canada à la France, le gouvernement de Louis XV songe à compenser la perte par la colonisation de la Guyane. C’est ce qu’indique le précis historique publié en 1842 par le ministère de la Marine et des Colonies. La notice des Archives nationales d’outre-mer résume l’issue : sur les 12 000 personnes qui participent à l’expédition, 9 000 meurent.

Trois sur quatre, en moins de deux ans.

À retenir

  • 12 000 colons rhénans et alsaciens-lorrains sont recrutés et embarqués à Rochefort en 1763 pour coloniser la Guyane
  • En janvier 1765, seuls 918 survivants restent au camp principal après les épidémies de typhoïde et paludisme
  • Les îlets du Diable sont renommés îlets du Salut en hommage aux rescapés qui y ont trouvé refuge

Sommaire

  1. Un Canada de rechange, recruté sur les bords du Rhin
  2. Des abris qui n’existent pas, des vivres qui manquent
  3. Les îlets du Diable deviennent les îlets du Salut
  4. Un témoin qui plaide sa cause

Un Canada de rechange, recruté sur les bords du Rhin

Sur le papier, le plan tient en une ligne : recruter des milliers de colons européens, en grande partie rhénans et alsaciens-lorrains, les embarquer à Rochefort et les déposer à l’embouchure du Kourou. Les offres sont généreuses. D’après le récit de l’historienne Marion Godfroy, le voyage est pris en charge, des terres sont distribuées et les vivres sont fournis pendant deux ans.

L’appel fonctionne trop bien. Emma Rothschild, historienne à Harvard, évoque 14 000 personnes venues à pied vers les ports atlantiques en quelques mois, alors que l’émigration totale vers l’Amérique britannique, Canada compris, n’atteint que 8 000 à 9 000 sur la même période.

Les chiffres divergent selon les témoins et les historiens. L’intendant Chanvalon porte à 9 000 le nombre des émigrants, Malouet à 14 000, et la thèse de Marion Godfroy parle de près de 15 000 colons recrutés, la plupart originaires de Rhénanie-Palatinat. Tous ne sont pas arrivés en Guyane, d’où les écarts, et c’est la notice des Archives, avec ses 12 000 participants et ses 9 000 décès, qui sert ici de repère.

Des abris qui n’existent pas, des vivres qui manquent

Sur place, le chevalier Turgot est gouverneur et Thibault de Chanvalon intendant. Le premier convoi a quitté Rochefort en octobre 1763, et les débarquements se succèdent à partir de la fin de cette année-là, en pleine saison des pluies. Les abris et les vivres ne sont pas prêts. Fièvres et épidémies font le reste, typhoïde et paludisme en tête selon les synthèses historiques.

En janvier 1765, Turgot ordonne un recensement. Il ne compte plus que 918 survivants au camp. Sur les concessions le long du fleuve, le précis de 1842 relève 97 vivants pour 1 089 morts.

À Passoura, 8 hommes vivants sur environ 350 colons.

La thèse de Marion Godfroy évoque la mort de la plupart des familles envoyées. Emma Rothschild avance que les maladies, typhoïde et dysenterie, venaient sans doute des colons eux-mêmes, et que médecins et infirmiers sont morts avec les autres.

Les îlets du Diable deviennent les îlets du Salut

Le camp ne peut plus recevoir les nouveaux arrivants. L’intendant fait donc occuper les îlots en face de l’embouchure du Kourou, et d’après le précis de 1842, le nom d’îlets du Salut remplace alors celui d’îlets du Diable. Le baptême dit tout de la manière dont les rescapés voyaient ces rochers.

Ces mêmes îles accueilleront le bagne un siècle plus tard. Les survivants, eux, sont rembarqués vers Saint-Jean-d’Angély. Emma Rothschild chiffre à 2 000 ceux qui regagnent la France, où beaucoup meurent encore de maladie. Un procès contre l’intendant s’ouvre alors et traîne pendant des années.

Une partie des rescapés ne repart pas. À Sinnamary, des survivants s’installent durablement, et leur village existe encore.

Un témoin qui plaide sa cause

Le précis de 1842 n’est pas un témoin neutre.

Publié par le ministère de la Marine, il cherchait à montrer que les fautes commises, et non le climat, avaient causé la catastrophe, et qu’on ne pouvait en tirer argument contre la colonisation de la Guyane. Cette lecture explique l’insistance du texte sur les abris absents et les vivres manquants. Le bilan, lui, reste discuté : le récit de Marion Godfroy, présenté par La 1ère, évalue les victimes entre 8 000 et 9 000, soit un peu en dessous du chiffre des archives.

Sources : la1ere.franceinfo.fr | idref.fr

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