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100 mètres de pierre et mille ans sans rival : il a fallu plusieurs séismes pour faire tomber dans la mer le premier grand phare de l’histoire

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Imaginez une tour de pierre culminant à près de 100 mètres, visible à des dizaines de kilomètres en mer, et qui a tenu debout plus de mille ans sans jamais trouver de rival. Le phare d’Alexandrie n’était pas qu’une prouesse architecturale : c’était une déclaration de puissance. Son histoire, entre génie technique et colère tellurique, continue de fasciner les archéologues.

À retenir

  • Le phare d'Alexandrie, haut d'environ 100 mètres, est resté plus de mille ans sans équivalent architectural avant d'être détruit par une série de séismes entre le Xe et le XIVe siècle
  • En juin 2025, une équipe du CNRS a remonté 22 blocs majeurs du site, dont une porte monumentale de style égyptien construite selon une technique grecque
  • Les blocs sont numérisés par photogrammétrie et transmis à la Fondation Dassault Systèmes pour créer un jumeau numérique du monument et comprendre sa construction et son effondrement

Un géant de pierre sans égal pendant un millénaire

Difficile aujourd’hui de se représenter l’effet que produisait le phare d’Alexandrie sur les marins antiques. Avec ses quelque 100 mètres de hauteur, il s’agissait tout simplement de l’une des structures les plus hautes jamais érigées par l’homme à son époque. Pendant plus de mille ans, aucun autre édifice ne viendra le concurrencer en matière d’ambition architecturale.

Ce record n’a rien d’anecdotique. Il faut se rappeler que les techniques de construction antiques reposaient sur la pierre, la force humaine et quelques leviers ingénieux. Monter un tel monument, taillé pour résister aux vents marins et aux assauts du temps, relevait presque de la gageure.

Le phare faisait partie des sept merveilles du monde antique, aux côtés des pyramides de Gizeh ou du colosse de Rhodes. Mais contrairement à ces dernières, il avait une fonction bien concrète : guider les navires vers le port d’Alexandrie, l’une des cités les plus prospères de l’Antiquité méditerranéenne.

L’îlot de Pharos, théâtre d’une prouesse technique hors norme

Le phare reposait sur l’îlot de Pharos, un bout de terre stratégique relié à la côte égyptienne par une digue. C’est là que les ingénieurs de l’époque ont choisi d’implanter cette tour destinée à devenir un symbole de la puissance alexandrine, mêlant influences égyptiennes et savoir-faire grec.

Cette hybridation culturelle se retrouve d’ailleurs dans les vestiges étudiés aujourd’hui. Lors d’une récente mission menée en juin 2025, une équipe du CNRS a remonté 22 des plus gros blocs du site, dont les linteaux et montants d’une porte monumentale pesant chacun entre 70 et 80 tonnes. Un chiffre qui donne une idée du gigantisme de l’ensemble architectural.

Parmi ces pièces figure un élément inattendu : un pylône muni de sa porte, de style égyptien mais réalisé selon une technique grecque. Ce monument, jusqu’alors totalement ignoré des archéologues, illustre à quel point le site recèle encore des surprises. L’opération, placée sous la responsabilité scientifique d’Isabelle Hairy, archéologue et architecte au CNRS, s’inscrit dans un travail de fond mené depuis des décennies.

Ces 22 blocs viennent s’ajouter à une centaine d’autres déjà numérisés sous l’eau au cours des dix dernières années, le tout faisant partie d’un corpus impressionnant de 5 000 blocs enregistrés en trois décennies de fouilles. Une fois traités par photogrammétrie, une technique qui permet de reconstituer des objets en trois dimensions à partir de simples photographies, ces blocs sont transmis aux ingénieurs volontaires de la Fondation Dassault Systèmes. Leur mission consiste à tester les hypothèses de construction et de chute du monument, dans le but de réaliser un jumeau numérique complet du phare.

Des séismes implacables qui ont eu raison du colosse

Aucun ennemi, aucune armée n’est venue à bout du phare d’Alexandrie. Ce sont les forces de la nature qui ont eu raison de ce colosse de pierre. Entre le Xe et le XIVe siècle, une série de séismes a progressivement fragilisé puis détruit la structure, mettant fin à plus de mille ans de règne sans partage sur le paysage alexandrin.

Les vestiges engloutis du phare n’ont été redécouverts qu’en 1995, grâce aux travaux de l’archéologue Jean-Yves Empereur. Son équipe avait alors documenté plus de 3 300 objets reposant au fond de l’eau, parmi lesquels des sphinx, des obélisques et des colonnes témoignant de la richesse ornementale du site.

Une partie des pierres du phare n’a d’ailleurs jamais quitté la surface. Elle a été réemployée pour bâtir le fort de Qaitbay, toujours visible aujourd’hui sur l’emplacement même où s’élevait autrefois le géant antique. Une forme de continuité architecturale, presque symbolique, entre deux époques séparées par plusieurs siècles.

La fouille actuelle, menée par le Centre d’études alexandrines du CNRS sous l’autorité du ministère égyptien du Tourisme et des Antiquités, bénéficie depuis trois ans du soutien de la Fondation Dassault Systèmes, qui a notamment cofinancé en 2025 la barge et la grue nécessaires au levage des blocs les plus lourds. Les premiers résultats de cette collaboration ont été présentés en mai 2025 à Alexandrie, devant Emmanuel Macron et Abdel Fattah al-Sissi, signe de l’importance diplomatique et scientifique accordée à ce chantier.

Reconstituer numériquement le phare d’Alexandrie, c’est redonner vie à un monument qui a marqué l’imaginaire collectif bien au-delà de l’Égypte antique. Grâce aux outils modernes de modélisation, les chercheurs espèrent enfin comprendre comment ce géant a été bâti, et surtout comment il a fini par s’effondrer sous les coups répétés des séismes.

Rédigé par Brice L.

Brice est un journaliste passionné de sciences. Il écrit des articles scientifiques depuis plus d'une décennie, partageant avec vous les nouvelles découvertes et les dossiers les plus intéressants.

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