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Accessibilité. Il y a vingt-et-un ans, la France adoptait la Loi du 11 février 2005. Une loi présentée comme historique, censée garantir l’égalité des droits et l’accessibilité pour les personnes en situation de handicap. Vingt-et-un ans plus tard, le constat est brutal : l’État n’a pas tenu parole. En 2015, tous les établissements recevant du […]
Accessibilité. Il y a vingt-et-un ans, la France adoptait la Loi du 11 février 2005. Une loi présentée comme historique, censée garantir l’égalité des droits et l’accessibilité pour les personnes en situation de handicap. Vingt-et-un ans plus tard, le constat est brutal : l’État n’a pas tenu parole.
En 2015, tous les établissements recevant du public devaient être accessibles. La date était claire. L’obligation aussi. Pourtant, l’échéance a été contournée, repoussée, vidée de sa substance par des dispositifs transitoires et des dérogations en cascade. L’accessibilité est devenue une promesse différée, un engagement dilué, un impératif sans sanction réelle. Ce n’est pas un retard technique. C’est un choix politique. Notre article.
Se féliciter des avancées symboliques, pendant que l’accessibilité reste incomplète
Chaque porte trop étroite, chaque escalier sans rampe, chaque ascenseur absent est la matérialisation d’un renoncement. Chaque enfant sans AESH (Accompagnant d’Élève en Situation de Handicap) crée une fracture institutionnelle dans le droit qu’a chacun de s’instruire.
Chaque site institutionnel sans possibilité d’avoir accès au site vocalement ou en mode FALC (Facile À Lire et à Comprendre) entraîne une rupture dans l’accessibilité des droits de chacun et en particulier des plus vulnérables d’entre nous.
Chaque profession de foi ne pouvant être reçue en braille ou chaque débat non traduit en LSF (langue des signes française) provoque une ignorance subie des choix politiques s’offrant à toutes celles et ceux qui en ont besoin. C’est, en un sens, un déni des droits démocratiques de nos compatriotes qui nécessitent une aide adaptée.
On parle d’égalité, mais on tolère l’inaccessibilité. On célèbre l’inclusion, mais on accepte que des personnes renoncent à un emploi, à un rendez-vous médical, à un bureau de vote. On se félicite des avancées symboliques, pendant que l’accessibilité réelle reste incomplète.
Le handicap continue d’être traité comme une variable d’ajustement budgétaire. Quand il faut arbitrer, ce sont les crédits d’accessibilité qui attendent. Quand il faut accélérer, c’est l’égalité qui patiente. Depuis vingt et un ans, la République affirme que l’accessibilité est un droit. Dans les faits, elle la traite comme une option.
Cette situation n’est pas neutre. Elle produit de l’exclusion sociale. Elle produit de la dépendance. Elle produit de l’injustice. Et elle envoie un message politique clair : certains droits seraient moins urgents que d’autres.
Pour aller plus loin : Journée internationale des personnes handicapées : la France de Macron continue d’abandonner les siens
Pourquoi la loi n’a-t-elle pas été appliquée avec la même fermeté que d’autres ?
Vingt-et-un ans après, il ne s’agit plus de faire un bilan tiède. Il faut poser la question franchement : pourquoi la loi n’a-t-elle pas été appliquée avec la même fermeté que d’autres obligations réglementaires ? Pourquoi les sanctions sont-elles si rares ? Pourquoi accepte-t-on que des bâtiments publics ne respectent pas un principe aussi fondamental que l’égalité d’accès ?
L’accessibilité ne peut plus être un chapitre secondaire des politiques publiques. Elle doit devenir un critère central d’évaluation de l’action publique. Chaque euro investi dans l’urbanisme, dans la rénovation énergétique, dans les transports, doit intégrer cette exigence. Sans cela, les discours sur l’inclusion resteront des slogans.
À l’échelle municipale, une telle hypocrisie doit être refusée. Ainsi, les insoumis défendent des communes qui cessent de repousser l’échéance : audits publics d’accessibilité rendus transparents, plan pluriannuel contraignant et financé, conditionnement des subventions aux acteurs locaux au respect des normes, intégration systématique de l’accessibilité dès la conception des projets urbains. L’égalité ne sera pas négociable dans les arbitrages budgétaires municipaux.
Le handicap ne doit plus être un angle mort des politiques publiques. Il est un révélateur puissant de nos priorités collectives. Vingt ans après la loi du 11 février 2005, le cadre existe. Ce qui manque, ce n’est pas le droit. C’est la volonté politique.
Et cela, personne ne pourra le nier.
Par Charlène Delacour et Marie Boucknooghe


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