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La nuit du 3 décembre 2025, un léger séisme touche Lancaster, une ville du nord-ouest de l'Angleterre. Au même moment, une image montrant un pont détruit circule sur les réseaux sociaux. La société ferroviaire britannique juge alors nécessaire de suspendre le trafic... avant de s'apercevoir que le pont est en réalité intact. L'image avait été générée par intelligence artificielle (IA). Résultat : 32 trains mis à l'arrêt et plusieurs milliers de livres de préjudice.
Cette anecdote pourrait prêter à sourire. Elle montre pourtant qu'une simple image générée par IA peut avoir des conséquences bien réelles et potentiellement dramatiques si on ne parvient pas à l'identifier. Mais comment distinguer une fausse photo d'une vraie quand les doigts surnuméraires et les ombres étranges ne suffisent plus ?
Pour tenter d'analyser les capacités humaines à détecter les images générées par IA, une équipe de chercheurs du département de psychologie de l'Université Vanderbilt (Tennessee, États-Unis) a mis au point un outil appelé « AI Face Test » destiné à estimer dans quelle mesure la capacité individuelle à distinguer les visages humains réels des visages synthétiques variait d'une personne à l'autre. Leurs travaux ont été publiés dans Journal of Experimental Psychology.
Pas tous égaux devant la désinformation
En testant cet outil sur des volontaires, ils ont découvert que, pour identifier une fausse photo, ni l'intelligence, ni l'expérience avec l'IA, ni les compétences spécialisées en reconnaissance faciale ne sont utiles.
Le facteur prédictif le plus fort ? La « reconnaissance d'objets », une compétence visuelle « innée » qui ne s'acquiert pas par une formation technique. Les personnes qui possèdent cette habileté seraient capables de percevoir les incohérences visuelles subtiles présentes sur une image synthétique et de remarquer les « bruits visuels » qui n'ont pas leur place dans une image réelle. En d'autres termes, nous ne serions pas tous égaux face à la désinformation.
« Nous voulions non seulement examiner si les gens étaient capables de faire la différence entre un visage réel et un visage généré par l'IA, mais aussi comparer leur capacité à accomplir cette tâche et voir si nous pouvions prédire leurs performances à l'aide de la reconnaissance d'objets », explique Isabel Gauthier, professeure de psychologie à l'université Vanderbilt qui a participé à cette étude.
Les personnes dotées de meilleures capacités de reconnaissance d'objets ont systématiquement surpassé les autres dans l'identification des visages générés par l’IA, et leurs performances sont restées stables lors des nouveaux tests.
Une compétence utile dans les métiers scientifiques
Cette même capacité a été associée dans d'autres recherches à la performance dans des tâches telles que l'identification de nodules pulmonaires sur des radiographies thoraciques, la classification des cellules sanguines comme cancéreuses, la reconnaissance de la notation musicale et même la détermination du sexe à partir d'images rétiniennes.
« Je pense qu'il y a beaucoup de messages indiquant que nous ne pouvons pas faire la différence, alors qu'en réalité, il s'agit d'une distribution de personnes, explique Isabel Gauthier. Il y en a qui ne peuvent pas faire la différence, d'autres qui y parviennent très bien, et d'autres encore qui s'en sortent plutôt bien. À mesure que l'IA devient omniprésente dans notre réalité, je pense qu'il est utile de savoir que certaines personnes sont plus douées que d'autres dans ce domaine. »


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