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Le soleil se couche à peine sur le village d'Eckville, que les gens commencent déjà à affluer au centre communautaire de cette petite localité de 1000 habitants dans le centre de l’Alberta.
Ils sont là pour entendre les discours de deux dirigeants du mouvement indépendantiste, mais aussi pour signer la pétition mise de l’avant par l’un d’entre eux, Mitch Sylvestre.
Ce propriétaire d’un magasin d’articles de sport à Bonnyville parcourt la province depuis plusieurs mois, avec comme mission de propager la fièvre indépendantiste chez les Albertains.
Au début du mois de janvier, sa pétition, qui vise à forcer la tenue d’un référendum sur la séparation de l’Alberta du Canada, a été approuvée, après des mois de délais, et un détour devant les tribunaux.
Franco-Albertain d’origine, Mitch Sylvestre préfère nous accorder une entrevue dans la langue de Shakespeare. Nous voulons aller dans chacune des communautés de l’Alberta, dit-il.
Nous avons un choix à faire entre maintenir le statu quo ou changer les choses. Je pense que le choix évident en ce moment est de changer les choses.
Celui qui dit avoir commencé son implication politique pendant la pandémie de COVID-19 est aussi un membre influent du Parti conservateur uni de la première ministre Danielle Smith, même si celle-ci est officiellement en faveur d’une Alberta souveraine au sein d’un Canada uni.
Il explique que l’élection de Mark Carney, au printemps dernier, l’a convaincu que le Parti conservateur ne reprendrait jamais le pouvoir à Ottawa, et donc l’Alberta n’avait plus sa place au sein du Canada.

Une file de gens attendent pour signer la pétition indépendantiste.
Photo : Radio-Canada / Emmanuel Prince-Thauvette
Pendant ce temps, la salle communautaire se remplit tranquillement. L’événement fera salle comble.
À l’entrée, une quinzaine de bénévoles accrédités par Élections Alberta recueillent les signatures et les informations personnelles des citoyens présents, mais ils ne fournissent pas à la tâche. Rapidement, une file se forme, jusqu’à l’extérieur du bâtiment.
Dans la salle, ceux qui soutiennent le mouvement d’indépendance le font pour plusieurs raisons, mais une question revient toujours : ils ont la perception que le gouvernement fédéral et le reste du pays ne se préoccupent pas du sort de l’Alberta.
L’Alberta va faire face à des moments difficiles si elle devient indépendante, admet Darwin Graff, venu de Sylvan Lake pour signer la pétition. Il prédit que l’économie albertaine sera stagnante pendant quelques années, le temps de rassurer les investisseurs, mais une fois que la stabilité sera de retour, je pense que l’Alberta va prospérer.
Si on ne le fait pas maintenant, ce seront nos enfants et nos petits enfants qui paieront le prix, ajoute un autre partisan du mouvement indépendantiste, Edward Grzech.
Sylvie Podloski, une Québécoise d’origine installée en Alberta depuis plusieurs années, soutient que l’Alberta a encore plus de raison de se séparer du Canada que le Québec. Pourquoi le Québec voudrait se séparer quand ils reçoivent des milliards de dollars du Canada? L’Alberta donne des milliards. C’est une grosse différence!

Quelques uns des produits dérivés disponibles pour les militants du mouvement indépendantiste : casquettes, chandails, tuques, et autocollants.
Photo : Radio-Canada / Danielle Bénard
Sur le coup de 19 heures, Jeffrey Rath se lance. Il est l’auteur de la question référendaire et le responsable du document qui sert de base économique au mouvement.
Selon lui, avec l’élimination des paiements au fédéral, notamment à travers le programme de péréquation, l’Alberta nagerait dans un surplus budgétaire de plus de 50 milliards par année.
Il prédit aussi que la production de pétrole de l’Alberta triplerait, décuplée par l’absence de réglementation environnementale.
Une Alberta indépendante serait, selon lui, le pays dans le monde avec le plus haut PIB par habitant.
À ceux qui disent que le pays de l’Alberta serait enclavé : nous sommes déjà enclavés, crétins!
Puis, c’est au tour de Mitch Sylvestre de prendre la parole. Il commence son discours en réaffirmant que le but de son mouvement n’est pas de transformer l’Alberta en État américain, ce que certains craignaient dans la salle.
Dans une diatribe qui dure environ une heure, il allègue à répétition que les Libéraux fédéraux sont corrompus, que le gouvernement fédéral ment ouvertement à la population et veut restreindre les libertés fondamentales des citoyens.
Dans son discours, il mentionne au passage une dizaine de théories du complot, du grand remplacement en passant par le traitement des enfants dans les pensionnats pour autochtones et des allégations que Mark Carney serait un apôtre du communisme et du globalisme.
Il semble toutefois convaincu d’une chose : le mouvement pour référendum sur l’indépendance de l’Alberta est un mouvement populaire. Ce n’est pas à propos des politiciens, c’est à propos du peuple. Le peuple doit le mener, affirme-t-il.
Pour Mitch Sylvestre, 2026 sera une année cruciale. C’est notre dernière chance [...] ça n’arrivera pas à nouveau.

Mitch Sylvestre est l'homme derrière la pétition Stay Free Alberta, qui vise à forcer la tenue d'un référendum sur séparation de l'Alberta du Canada.
Photo : Radio-Canada / Danielle Bénard
Les indépendantistes ont récolté des centaines de signatures mercredi à Eckville. Le même soir, un autre événement, encore plus populaire, avait lieu à Red Deer.
Leur défi maintenant : soutenir le rythme pendant les prochains mois.
Il leur reste 105 jours pour atteindre le chiffre magique de 177 732 signatures, mais, dans leurs idées de grandeur, ils visent déjà le million.


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