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Débat de la chambre de commerce, assemblée citoyenne sur le projet de TGV, tournée des résidences pour aînés et même des cours de djamboola… Les candidates libérale et bloquiste dans Terrebonne ne perdent pas une occasion de serrer des mains et de rencontrer les électeurs. Elles connaissent mieux que quiconque l’importance de chaque vote.
L’annulation par la Cour suprême du résultat de l’élection générale dans Terrebonne en raison d’une erreur de code postal sur une enveloppe préaffranchie d’Élections Canada a été suivie de près par les électeurs. L’histoire est inédite et suscite l’intérêt de la population puisque l’élection avait été remportée par les libéraux avec une seule voix de majorité.
Les candidates qui se sont retrouvées nez à nez profitent de la notoriété qu’entraîne la situation. Je n'ai pas rencontré un seul citoyen qui ne m'a pas dit : "Bravo, vous avez bien fait, vous vous êtes battue pour la démocratie", raconte la candidate bloquiste Nathalie Sinclair-Desgagnés, qui a mené la bataille jusqu’au plus haut tribunal du pays.
La candidate libérale Tatiana Auguste estime, quant à elle, que la situation particulière incite les électeurs à aller voter. Les gens sont vraiment motivés. Ils voient que c'est super important, explique-t-elle.

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Chacune son cheval de bataille
Pour le reste, elles font campagne sur des enjeux bien distincts. La libérale mise sur l’attrait du pouvoir. Ça fait environ une quarantaine d'années que Terrebonne n'a pas été au pouvoir. Ce serait une occasion de voir où nos projets pour la ville peuvent aboutir et aussi pour voir ça fait quoi quand notre voix est vraiment entendue au gouvernement, affirme Tatiana Auguste.

Tatiana Auguste, candidate du Parti libéral du Canada.
Photo : Radio-Canada / Jonathan Dupaul
Nathalie Sinclair-Desgagnés met l’accent sur la défense des intérêts locaux. La question est vraiment : "Qui est-ce que vous voulez pour vous représenter dans Terrebonne?", soutient la bloquiste.
À ce sujet, elle cite le projet de TGV, auquel le Bloc québécois ne s’oppose pas, mais pour lequel il réclame davantage de consultations. Ce qui va se passer avec le tracé final et les expropriations va se décider dans le mandat de la prochaine députée de Terrebonne. Je vais être la seule à défendre les Terrebonniens sans compromis pour d'autres régions, poursuit la candidate bloquiste.

Nathalie Sinclair-Desgagnés, candidate du Bloc québécois.
Photo : Radio-Canada / Jonathan Dupaul
Deux machines électorales bien huilées
Au-delà des candidates, ce sont deux machines électorales qui s’affrontent sur le terrain.
Le premier ministre Mark Carney ne cache pas son appétit pour la circonscription. Une victoire lui procurerait une majorité franche à la Chambre des communes, s'il conserve les forteresses libérales de Scarborough-Sud-Ouest et University-Rosedale, (nouvelle fenêtre) où se tiennent aussi des élections partielles lundi prochain.
D’ailleurs, le visage du chef libéral est partout dans Terrebonne. La stratégie d’affichage est bien différente de celle des dernières élections partielles de l’ère Trudeau, où les libéraux avaient fait disparaître l’image du chef sur les affiches.
La candidate ne peut que constater la popularité de son chef auprès des électeurs. Ils parlent beaucoup de M. Carney, de comment ils aiment son leadership, explique Tatiana Auguste.
C'est une stratégie révélatrice, selon le chef du Bloc québécois. Ça me fait dire que les libéraux misent sur la popularité du chef et ne veulent pas trop comparer leur candidate à la nôtre, affirme Yves-François Blanchet.

Ministres et députés libéraux du Québec ont défilé tour à tour dans la circonscription.
Photo : Facebook/ Tatiana Aguste
Mais il n’y a pas que le visage de Mark Carney sur les affiches qui est omniprésent. Presque tous les ministres francophones – de Mélanie Joly à Dominic LeBlanc, en passant par Marjorie Michel et Steven MacKinnon – ont défilé dans Terrebonne pour faire campagne auprès de leur candidate.
Derrière moi, il y a plus de députés libéraux fédéraux du Québec que le caucus du Bloc au complet, a lancé le directeur du Parti libéral pour le Québec, Marc-Étienne Vien, lors d’un rassemblement une semaine après le déclenchement de l’élection.
Chez les bloquistes, l’ensemble des troupes souverainistes met l’épaule à la roue. Le Parti québécois, qui a remporté l’élection partielle provinciale dans Terrebonne, fait front commun avec le Bloc québécois. Le chef péquiste, Paul St-Pierre-Plamondon, a lui-même parcouru la circonscription avec ses députés.

L’ancien chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, était de passage dans la circonscription pour une rencontre dans une résidence pour aînés.
Photo : Radio-Canada / Jonathan Dupaul
Et les vétérans ne ménagent pas leurs efforts non plus. L’ancien chef bloquiste, Gilles Duceppe, a lui aussi sauté dans la mêlée. J'ai vu des gens très intéressés qui savaient que l'élection avait été mal faite la dernière fois, c'est le moins qu'on puisse dire. J’ai senti un appui spontané!, raconte-t-il, à la sortie d’une rencontre dans une résidence pour aînés.
Les conservateurs tentent également de tirer leur épingle du jeu. Le parti a appuyé la candidate bloquiste dans sa bataille jusqu’en Cour suprême. La candidate conservatrice, Adrienne Charles, cherche sa place dans ce match revanche en dénonçant les tactiques libérales.
Nous [les conservateurs], à Terrebonne, on veut pas faire un show, parce qu’après le 13 avril, qu’est-ce qui va rester? Les ministres libéraux qui se promènent en ville, ils ne seront plus là, explique la candidate qui est la seule des trois à habiter la circonscription.

Adrienne Charles, candidate du Parti conservateur du Canada.
Photo : Radio-Canada / Jonathan Dupaul
En tout, il y a 48 candidats sur le bulletin de vote, dont Maxime Beaudoin, du Nouveau parti démocratique (NPD), et Benjamin Rankin, du Parti vert du Canada.
Le grand nombre de candidats indépendants s’explique encore une fois par la présence du comité pour le plus long bulletin de vote qui milite pour une réforme du mode de scrutin.
Des électeurs fatigués?
Un autre adversaire s’impose dans la course malgré les partis politiques : la fatigue des électeurs. Après l'élection partielle provinciale, l’élection générale fédérale et l’élection municipale, c’est le quatrième scrutin en 18 mois auquel la population de Terrebonne est conviée.
C'est vraiment une ville dont la signature va devenir la capitale démocratique du Québec et d'Ottawa. On pense mettre des bureaux de vote permanents dans la municipalité, lance en riant le maire de Terrebonne, Mathieu Traversy.

Le maire de Terrebonne, Mathieu Traversy, croit que les électeurs sentent plus que jamais que leur vote peut faire changer les choses.
Photo : Radio-Canada / Jonathan Dupaul
Mais au-delà de la blague, le maire ne déteste pas que sa ville soit l’objet de tous les désirs. Ce n'est pas désagréable de représenter une majorité plus confortable pour le gouvernement, si ça peut amener à une plus grande reconnaissance des besoins de notre population, dit-il en parlant de la campagne libérale.
En même temps, les électeurs ont des convictions. Ils veulent aussi avoir des gens qui défendent certains enjeux qui dépassent simplement la balance du pouvoir, ajoute-t-il en référence au Bloc québécois.
Mathieu Traversy croit que toute la saga qui a mené à la reprise de l’élection va convaincre les électeurs de se rendre aux urnes : On n'a pas le choix. Vous avez vu, à Terrebonne : chaque vote compte. Il a fallu se rendre jusqu'en Cour suprême pour le trancher.
Que ce soit à l'opposition ou au pouvoir, les électeurs peuvent faire la différence. J'ai l'impression que ça a réveillé des instincts.
Et pour souligner le caractère bien particulier de cette élection, la Municipalité a demandé à une micro-brasserie locale de brasser une cuvée spéciale. La bière a été baptisée Perdu dans l’malt.

La Ville de Terrebonne a fait brasser une bière spécialement pour l’occasion.
Photo : Radio-Canada / Jonathan Dupaul
C’est en hommage de ce vote qui ne s’est jamais rendu aux urnes et qui se serait perdu dans les dédales de Postes Canada, explique le maire.
Une bière qui a été démocratiquement brassée et qui est sans amertume, parce que c'est l’avenir qui nous intéresse, conclut-il.


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