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Tous les yeux seront rivés dimanche soir sur l'affrontement entre les Seahawks de Seattle et les Patriots de la Nouvelle-Angleterre, et les adeptes de jeu en ligne ne feront pas exception.
Si les paris sportifs à l'occasion du Super Bowl sont une manne pour Loto-Québec, une experte rappelle que des plateformes illégales prisées lors de l'événement peuvent poser un problème de santé publique.
En plus des traditionnelles mises sur les résultats du match, Loto-Québec propose encore cette année de parier au moyen de sa plateforme Mise-o-jeu+ sur des questions qui dépassent le cadre sportif, par exemple la couleur du Gatorade qui sera versé sur l'entraîneur-chef gagnant, la durée de l'hymne national ou encore les artistes qui seront présents aux côtés de Bad Bunny, lors du spectacle de la mi-temps.
Les paris liés au Super Bowl ont rapporté 1,6 M$ de recettes à Loto-Québec en 2024 et en 2025, avec une mise moyenne de quelque 18 $ par personne. La grand-messe du football américain est ainsi l'événement sportif le plus lucratif pour la société d'État, indique son porte-parole Renaud Dugas.
Du côté du sud de la frontière, l'American Gaming Association prévoit cette année qu’un record de 1,76 milliard de dollars sera misé légalement à l'occasion du Super Bowl, soit une hausse de 27 % par rapport à 2025.

Les cotes des paris pour le Super Bowl LIX sont affichées dans un casino de Las Vegas, en 2025.
Photo : Associated Press / John Locher
Une fausse impression de contrôle
Sylvia Kairouz, titulaire de la Chaire de recherche sur l'étude du jeu de l'Université Concordia, explique cet engouement pour les paris par la forte publicité entourant le Super Bowl et l’aspect festif de l'événement.
Ça peut être comme un rituel pour beaucoup de gens de dire que c'est le Super Bowl, c'est joyeux, on regarde ça. On colle à ça aussi de plus en plus les paris sportifs.
Or, ce genre d'emballement collectif marqué par de fortes émotions peut être un déclencheur pour des comportements de jeu pathologique, avance la professeure Kairouz.
Ce qui est inquiétant, relève-t-elle, c’est que les parieurs peuvent facilement se tourner vers des sites Internet proposant des données de probabilités de gain calculées à partir des statistiques des dernières saisons de la NFL.
Ces probabilités donnent cette fausse impression au parieur qu'il y a une garantie du résultat. En réalité, il y a une part de connaissance sur les équipes et l'historique, mais ça reste une portion du jeu. Il y a une grande portion qui est due au hasard et ça, les gens l'oublient souvent, rappelle Mme Kairouz.
Le porte-parole de Loto-Québec assure que la société d'État diffuse à l'approche du Super Bowl des publicités dans divers médias pour sensibiliser la population au jeu responsable.
Notre angle cette année, c'est de dire qu'il faut parier avec prudence, que c'est toujours le hasard qui décide. [...] Si vous écoutez les publicités radio, par exemple, 100 % des messages qu'on a, c'est du jeu responsable. La télé, un message sur deux, ça va être du jeu responsable.
Besoin d'aide? N'hésitez pas à visiter aidejeu.ca (nouvelle fenêtre) ou à communiquer avec Jeu :aide et référence au 1 800 461-0140.
Plateformes illégales
Mme Kairouz relève par ailleurs qu’une proportion de parieurs du Super Bowl se tourneront vers des plateformes illégales, où le manque de réglementation peut poser problème. L'âge légal n'est pas vérifié systématiquement, les versements de paiement ne sont pas garantis, des outils de jeu responsable n’y sont pas toujours offerts et les utilisateurs sont bombardés de sollicitations pour les pousser à continuer à jouer.
[Cette promotion] pousse vraiment à attirer plus de monde vers le pari sportif et on voit que la popularité est en augmentation. Pour certaines personnes qui présentent des vulnérabilités, ça pousse à jouer plus.
Rappelons que, dans la province, Loto-Québec a le monopole des casinos en ligne et des paris sportifs. Loto-Québec est le seul site 100 % légal, sécurisé et intègre au Québec, insiste son porte-parole, qui estime que la société d'État contrôle 60 % des parts de marché du jeu en ligne dans la province.
Les sites illégaux n'opèrent pas juste pendant le Super Bowl, ils opèrent à l'année longue, enchaîne M. Dugas. On travaille très fort pour avoir un produit qui est attrayant, qui plaît à la clientèle, qui répond aux attentes, et on le fait bien. Nos parts de marché en ligne ont augmenté ces dernières années.
Ces plateformes illégales ont des pratiques commerciales très agressives, leur objectif étant de gruger le plus de [parts de] marché partout, incluant au Québec, soutient également Mme Kairouz. Certaines d’entre elles ont même déjà acheté de la publicité dans les médias québécois, malgré le fait que leurs activités contreviennent au Code criminel canadien.
Le jeu en ligne, légal ou non, est en augmentation au Québec. Une étude de l'Université Concordia chapeautée par Sylvia Kairouz a estimé qu'entre 15 % et 20 % de la population québécoise s’était adonnées aux jeux de hasard en ligne en 2021, une proportion qui a triplé depuis 2018.
L'aspect numérique accroît la vulnérabilité des usagers, ajoute l'experte.
Avant, on devait se déplacer au casino ou pour acheter son billet de loterie, alors que maintenant, on peut le faire en un clic. Cette accessibilité continue augmente le risque pour les joueurs d'éprouver des problèmes et de tomber dans [la dépendance].
Ouvrir le marché?
Face à la prolifération des casinos illégaux en ligne – qui sont difficiles à enrayer – plusieurs observateurs proposent que le Québec s'inspire de l'Ontario, qui a été la première province à autoriser les exploitants privés.
Depuis 2021, les plateformes peuvent obtenir une licence d'exploitation de la Commission des alcools et des jeux de l'Ontario, et, en échange, verser 20 % de leurs revenus à la province.
Cette ouverture du marché a fait exploser les revenus nets de Jeux en ligne Ontario, qui sont passés de 87 M$ en 2022-2023 à 253 M$ en 2025-2026, selon les données du gouvernement.

La société d'État Loto-Québec détient le monopole du jeu en ligne au Québec. Le ministre des Finances ferme la porte à une ouverture du marché.
Photo : La Presse canadienne / Graham Hughes
La Coalition québécoise du jeu en ligne fait pression pour que Québec emboîte le pas à l'Ontario, une demande à laquelle le gouvernement a pour l'instant refusé d'accéder.
Questionné jeudi par des journalistes sur le sujet, le ministre des Finances, Eric Girard, a assuré que son gouvernement n'avait pas l'intention de toucher au monopole de Loto-Québec.
Ça n'arrivera pas au Québec, a-t-il insisté. Au niveau de la santé publique, Loto-Québec fait un travail remarquable.
Les télécommunications, c'est un domaine de responsabilité fédérale, mon prédécesseur avait tenté avec une législation de contrecarrer [les plateformes illégales]. Ça n'a pas fonctionné. On regarde les avenues légales. C’est difficile, parce que c’est de compétence fédérale.
En 2018, la Cour supérieure avait en effet invalidé une loi du gouvernement libéral qui enjoignait aux fournisseurs de services Internet de bloquer l'accès des citoyens aux sites de jeux en ligne non autorisés par Loto-Québec.
Le juge avait conclu que la loi québécoise était inconstitutionnelle, parce qu'elle empiétait sur les compétences du gouvernement fédéral en matière de télécommunications.
Avec les informations de La Presse canadienne


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