Examinée en commission des lois ce mercredi, le projet de loi RIPOST présentée par le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez ambitionne de renforcer la sécurité publique. Au cœur du texte : l’usage de l’intelligence artificielle dans la vidéoprotection pour aider policiers et gendarmes à mieux détecter les menaces.
Dans la salle du centre opérationnel de la préfecture de police, le commandant Vincent et ses équipes observent en continu les images issues des milliers de caméras installées dans les transports en commun francilien. Un maillage dense, près de 30.000 dispositifs en comptant ceux de partenaires comme la SNCF ou la RATP, qui constitue une ressource précieuse pour les forces de l’ordre.
Mais face à un tel volume d’images, une limite persiste : l’œil humain ne peut pas tout voir. "Sans le logiciel d’intelligence artificielle, on peut perdre plus facilement la trace d’un suspect", explique le commandant Vincent, responsable du centre de coordination opérationnel de sécurité (CCOS) de la préfecture de police.
Une aide à la décision
Il évoque un cas récent dans le métro : un agresseur, identifiable par ses vêtements et sa silhouette, a échappé au suivi faute d’outil automatisé capable de croiser les images en temps réel. "Un algorithme aurait permis de reconstituer son parcours à travers le réseau", souligne-t-il.
C’est précisément ce type de capacité que le projet de loi RIPOST entend introduire. Le texte prévoit l’intégration d’outils d’analyse vidéo algorithmique capable d’assister les forces de l’ordre dans leurs missions quotidiennes.
Loin de remplacer les policiers, ces systèmes seraient conçus comme une aide à la décision. "L’objectif, c’est d’anticiper, d’alerter et de gagner du temps", résume le commandant.
Pas de reconnaissance faciale
Concrètement, l’intelligence artificielle pourrait détecter en amont des situations à risque : un départ de fumée dans une gare, un arc électrique provoquant un mouvement de foule, ou encore une personne brandissant une arme sur un quai.
Autant d’événements qui, aujourd’hui, ne sont signalés qu’après-coup, souvent via des appels d’urgence. "Avec l’IA, on pourrait être alertés avant même ces appels, et intervenir plus rapidement", insiste-t-il.
Au-delà de la réaction immédiate, ces technologies offriraient également un appui aux enquêtes. Retrouver un individu ayant commis un délit important deviendrait plus rapide grâce à la capacité des algorithmes à analyser des flux massifs d’images. Pour autant, les autorités se veulent rassurantes : ces outils n’autoriseraient ni la reconnaissance faciale ni le fichage des individus. Leur rôle se limiterait à la détection d’anomalies et de situations dangereuses.
Intérêt premier, "la détection d'événements anormaux"
À la tête des services technologiques de la préfecture de police, Anne-Florence Canton insiste sur le potentiel de ces dispositifs. "Ce qui nous intéresse, c’est la détection d’événements anormaux : mouvements de foule, objets abandonnés, comportements suspects ou circulation à contresens", explique-t-elle.
Elle cite un exemple marquant : le casse du Louvre. "Avec un algorithme capable de détecter la présence d’une nacelle sur la façade, une alerte aurait pu être donnée immédiatement, et l’intervention déclenchée plus tôt." Dès qu’une anomalie serait identifiée, une alerte serait envoyée aux opérateurs, permettant une levée de doute rapide via les caméras concernées. En cas de menace avérée, les forces de l’ordre pourraient intervenir en temps réel.
Au-delà de la technologie, le commandant Vincent rappelle toutefois une réalité essentielle : l’efficacité des enquêtes dépend aussi des victimes. "Porter plainte rapidement est crucial", souligne-t-il. D’autant que les images de vidéoprotection sont automatiquement effacées au bout de 72 heures, conformément à la réglementation.


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