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Le milieu communautaire a amorcé une importante grève de deux semaines, lundi matin, qui s’étend aux quatre coins de la province. Le mouvement « Le communautaire à boutte! » souhaite ainsi faire pression sur le gouvernement, notamment pour être reconnu à sa juste valeur.
Au Saguenay-Lac-Saint-Jean, près de 110 organismes sont dans la rue pour faire entendre leurs revendications.
Au total, à l’échelle provinciale, ce sont plus de 1500 organismes communautaires et 20 000 travailleurs qui vont débrailler. Les représentants du mouvement invitent le gouvernement à rouvrir la discussion pour trouver des solutions au financement, qu'ils jugent insuffisant.
Oui, la question du salaire est importante, c'est une question de conditions de travail décentes aussi pour nos travailleurs et travailleuses, mais c'est aussi la question de l'autonomie et de la reconnaissance des organismes communautaires comme filet social pour la société, explique Sophie Corneau, directrice générale de la Maison des familles de Chicoutimi, au micro de l'émission C'est jamais pareil.
Chaque année, on doit faire une demande de subvention. On demande justement en fonction de nos besoins réels. C'est vraiment pour le service qu'on offre, ce n'est pas pour s'acheter du beau mobilier ou pour avoir de beaux partys. C'est vraiment pour être dans le concret, parce que c'est ça le communautaire : les personnes ont des besoins et on offre du service, renchérit Sabrina Lavoie, directrice générale du Groupe Centre-Lac d’Alma.
Pour illustrer comment le manque de financement est criant dans le milieu communautaire, elle souligne que certaines de ses employées gagnent presque le même salaire que sa fille qui travaille dans une chaîne de restauration rapide depuis près de deux ans.
Cette précarité financière vécue par les employées entraîne un roulement de personnel constant qui rend difficile d’offrir des services aux 120 prestataires, ajoute-t-elle.
Les besoins financiers n'ont pas été chiffrés par les organismes communautaires de la province. Ils demandent une table de négociation avec Québec parce que la pression est devenue insoutenable.

Des représentants d'organismes communautaires se sont réunis à Alma dans le cadre de la grève.
Photo : Radio-Canada / Mélissa Paradis
On ne veut pas justement impacter nos membres en leur refilant la facture parce qu'eux-mêmes sont déjà sous le seuil de pauvreté. Donc, ce qu'on fait, c'est qu'on coupe dans nos activités, se désole la directrice générale de l’organisme qui travaille à l'intégration sociale des personnes avec une déficience ou un handicap.
Quand j'ai mon budget par année, je peux les intégrer jusqu'au milieu de l'année et ensuite mon budget ne me le permet plus. Donc, on remplit notre mission à peu près à moitié de l'année. C'est vraiment triste, admet Mme Lavoie.
On ne le fera pas de gaieté de cœur.
Les deux actrices du milieu communautaire sont conscientes qu’une grève de deux semaines pourrait engendrer des répercussions négatives sur les gens qui bénéficient des services des organismes. Ces deux semaines représentent toutefois une opportunité de conscientiser la population à leur réalité tout en faisant de l'éducation populaire.
On a maintenu des journées où les familles vont pouvoir venir avec nous, participer à ce qu'on va faire comme actions de mobilisation. Ils vont pouvoir quand même profiter de nos milieux, mais on va discuter avec eux. On va discuter de ce que ça implique, de quel est le financement qu'on a, des services qu'on offre, énumère Sophie Corneau.
Elle ajoute que ces gens ont été mis au courant qu’une grève serait déclenchée.
De se dire qu'on ne va pas répondre au téléphone ni aux questions sur Facebook, il faut vraiment se freiner. Ça va contre notre nature parce qu'on est impliqués, on est des gens de cœur, ajoute-t-elle.
Même si le milieu communautaire ne fait pas cette grève de gaieté de cœur, la directrice générale affirme que les équipes sont toutefois conscientes qu’elles agissent pour améliorer leur propre sort.
Ce n'est pas normal que nos équipes bénéficient elles-mêmes des services du communautaire.
Sophie Corneau espère que l’ampleur de cette grève permettra de mettre en lumière les problèmes qui affligent le milieu communautaire pour faire réagir les élus qui, trop souvent selon elle, ignorent l'importance des organismes communautaires.

La grève se terminera avec un rassemblement devant l'Assemblée nationale le 2 avril.
Photo : Radio-Canada / Mélissa Paradis
Ils ne voient pas qu'on est vraiment un filet social, qu'on est là pour nos membres et qu'on éteint plein de petits feux pour éviter d'engorger les services sociaux.
Une grande manifestation est prévue devant l’Assemblée nationale du Québec le 2 avril prochain. Environ 5000 intervenants du milieu communautaire sont attendus.


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