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«Le burkini ne doit pas se traiter sous l'angle de la laïcité»

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FIGAROVOX/TRIBUNE - Pour Michaël Sadoun, la séparation de l'Église et de l'État répondait à merveille aux défis qui se posaient à nous il y a un siècle. Selon lui, elle est aujourd'hui insuffisante car le projet premier de l'islam politique en Occident n'est pas étatique: il est sociétal.

Michaël Sadoun est chroniqueur et consultant.


Les débats agitant la question religieuse en France sont comme une vague qui se retire et se rappelle à nous sous diverses formes et intensités. Elles viennent régulièrement éprouver la solidité de notre modèle théologico-politique, révélant à chaque passage les nouvelles sédimentations du paysage intellectuel et électoral.

Après la séquence présidentielle sur le hijab dans l'entre-deux-tours, la décision d'Éric Piolle d'autoriser le port du burkini dans les piscines municipales de Grenoble relance avec vigueur ce débat. D'autant que cet épisode illustre de manière symptomatique les dysfonctionnements de notre modèle : ingérence étrangère, militantisme de minorités actives, naïveté – si ce n'est complaisance – d'une certaine gauche à l'égard de l'islam politique, faiblesse de notre droit devant les manifestations inédites de l'islam.

Il faudrait ainsi s'attarder une bonne fois pour toutes sur la clarification de cette laïcité », qu'à l'instar du gaullisme, tout le monde revendique sans savoir comment elle s'applique pratiquement.

Michaël Sadoun

Quelques responsables politiques se sont honorés d'une riposte: Gérald Darmanin a notamment demandé au préfet de l'Isère de procéder à un «déféré-laïcité» devant la juridiction administrative pour annuler cette décision, suivant la procédure créée par l'article 5 de sa loi sur le séparatisme. Le signal politique est louable et sauve l'honneur d'une macronie pas toujours bien au clair sur ces questions. Mais le burkini doit-il vraiment se traiter sous l'angle de la «laïcité» ? Souvenons-nous qu'en 2016, le Conseil d'État avait suspendu son interdiction dans une trentaine de stations balnéaires en s'appuyant même sur la loi de 1905.

Il faudrait ainsi s'attarder une bonne fois pour toutes sur la clarification de cette laïcité», qu'à l'instar du gaullisme, tout le monde revendique sans savoir comment elle s'applique pratiquement.

Partie des principes de liberté de conscience et de neutralité de l'État, le «régime de 1905» luttait contre l'emprise de l'Église dans les instances de pouvoir et dans l'école. Or l'islam ne pose aucun problème d'immixtion dans l'État, mais au contraire d'influence grandissante dans la société. Pour répondre à cette influence grandissante notre laïcité ne cesse de s'amender, assez maladroitement, en intégrant sans le dire un principe qui n'était jusque-là que philosophique ou social: la discrétion religieuse. La loi de 2004 se prévalait de la protection des enfants, dont les jeunes consciences devaient être tenues éloignées de toute influence sacerdotale. Luc Ferry éloigna la religion de l'école comme Jean Zay la politique, confortant le statut de cette «enceinte inviolable où ne pénètrent pas les querelles des hommes».

La loi de 2010 dut déployer de nouveaux trésors d'inventivité pour proscrire le port du niqab et de la burqa dans la rue, en invoquant le fameux «trouble à l'ordre public» causé par la dissimulation du visage qui remettait en cause notre civilité.

Les interdictions successives, parées chaque fois d'arguments plus ou moins fumeux ou de mauvaise foi, ne constituent pas une vision pérenne pour la « laïcité à la française ».

Michaël Sadoun

Mais c'est à présent le burkini qui dérange. Pourtant il ne concerne pas les enfants et ne dissimule pas le visage. Que trouvera-t-on alors pour l'interdire ? La gauche républicaine, de Carole Delga à Manuel Valls, refusant à tout prix la question civilisationnelle, agite l'égalité hommes-femmes, ou la solidarité française vis-à-vis des femmes musulmanes contraintes à la pudeur dans le monde. Faudra-t-il alors interdire la jupe longue ou le kungumam hindous parce que certaines femmes les portent de force ?

Il ne s'agit pas de remettre en cause la volonté de contrer les offensives de l'islam politique. Il s'agit au contraire de rendre cette lutte plus efficace. Les interdictions successives, parées chaque fois d'arguments plus ou moins fumeux ou de mauvaise foi, ne constituent pas une vision pérenne pour la «laïcité à la française».

Si 69% des Français sont défavorables au burkini, c'est parce qu'il incarne une civilisation étrangère – ce qui explique par ailleurs que 72% de musulmans, plus familiers avec ce signe, y sont favorables. Il faut maintenant assumer cette question culturelle, posée aussi par la multiplication des hijabs ou des qamis masculins. Car à force de se considérer comme l'incarnation de l'universel, notre laïcité a oublié qu'elle était elle-même le produit culturel de l'Occident et qu'à ce titre, elle ne pouvait considérer – ainsi que le fait Éric Piolle dans son interview au Point – le burkini comme une pure manifestation individuelle sans signification, au même titre qu'une casquette ou qu'un tee-shirt de Che Guevara.

Rien ne sert d'accabler les Français musulmans, qui pour une grande majorité ne font que vivre leur culte dans les limites assez vagues de la loi. Il faut toutefois être conscient que notre incapacité à sortir de la neutralité de 1905 est une force pour l'ennemi, qui avance sans même avoir besoin de se masquer. La laïcité «républicaine» doit bien sûr continuer de défendre ardemment la liberté religieuse, mais en sachant qu'elle ne peut se tenir à équidistance de toutes les cultures et convictions pour fabriquer du commun. La République pourra ainsi constituer un modèle d'avenir face au communautarisme relativiste des anglo-saxons.

Si nous refusons de la redéfinir, la «laïcité» sera condamnée à la faiblesse. La séparation de l'Église et de l'État répondait à merveille aux défis qui se posaient à nous il y a un siècle. Elle est aujourd'hui insuffisante car le projet premier de l'islam politique en Occident n'est pas étatique: il est sociétal.

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