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«La tripolarisation de la vie politique condamne trois quarts des Français à se sentir non représentés»

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FIGAROVOX/TRIBUNE - Pour Benjamin Morel, l'installation durable d'un bloc central dans la vie politique française brouille le débat démocratique. Seul le bipartisme permet aux électeurs de choisir une ligne politique claire sur les sujets fondamentaux, argumente le maître de conférences en droit public.

Benjamin Morel est maître de conférences en droit public à l'Université Paris II Panthéon-Assas.


L'élection d'Emmanuel Macron, sa probable large victoire aux élections législatives et la nomination du nouveau gouvernement représentent un défi pour notre système politique. De quelle marge de choix la nation dispose-t-elle aujourd'hui pour déterminer son destin ? Si les différentes élections et actes précités ne posent aucun problème de légalité ou de légitimité, ils s'inscrivent comme le symptôme d'un système politique bloqué, sclérosé, dont la démocratie semble se retirer.

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Examinons d'abord l'état électoral de notre pays. Nos institutions ont été faites et pensées pour structurer une vie politique bipolaire. Le premier tour des législatives comme des présidentielles permettaient de déterminer quels candidats de gauche et de droite représentaient le mieux chacun de ces deux camps politiques. Le second tour permettait au pays de choisir entre ces deux options qui structuraient la vie politique. Certes, l'électeur gaulliste se trouvait mal représenté par Valéry Giscard d’Estaing, mais ses députés faisaient partie de la majorité. L'électeur communiste n'était que peu heureux de l'élection de François Mitterrand. Toutefois, il avait le sentiment que son camp politique était au pouvoir. L'immense majorité des électeurs était représentée et sentait que son camp politique pouvait arriver au pouvoir. L'alternance était possible et les duels n'opposant pas les deux camps, comme en 1969, semblaient plus des accidents que le reflet d'un état structurel du pays.

La tripolarisation de la vie politique avec un centre fort induit une inertie de notre vie politique.

Benjamin Morel

Ce n'est plus le cas aujourd'hui. La tripolarisation de la vie politique avec un centre fort induit une inertie de notre vie politique. En cas de tripolarisation en effet, la formation présente au centre jouit d'un atout structurel. Si son candidat est au second tour, sa victoire est quasiment assurée. Emmanuel Macron l'a aisément emporté contre Marine Le Pen, car la gauche a joué les castors. Il l'aurait tout aussi facilement emporté face à Jean-Luc Mélenchon. Ce serait alors l'électorat de droite qui se serait transformé en rongeur adepte de barrage.

C'est d'ailleurs ce qui est en train de se produire pour les législatives. Selon les enquêtes, «Ensemble» arrive derrière la Nupes au premier tour, mais disposera probablement d'une large majorité. L'importance de l'écart entre les deux blocs est de peu d'importance. Que ce soit de deux ou dix points, le même phénomène va probablement se produire dans la plupart des circonscriptions. Une majorité des électeurs de droite se repliera derrière le parti centriste. Dans les quelques circonscriptions qui opposeront la droite à «Ensemble», c'est l'électeur de gauche qui fera l'appoint pour le président. Pourtant très minoritaire, l'électorat centriste jouit donc d'une rente de situation qui l'installe, quoi qu'il arrive, structurellement au pouvoir, sans guère d'espoir d'alternance. Toutefois, à l'inverse du vote de l'électeur communiste ou gaulliste votant Mitterrand ou Giscard, l'électeur RN ne se sentira pas plus représenté par la majorité macroniste pour laquelle il aura voté par antimélechonisme que l'électeur mélenchoniste ayant fait barrage il y a un mois. Ainsi le système politique actuel condamne trois quarts des Français à se sentir structurellement non représentés.

L'électorat de la majorité lui-même ne peut plus être considéré comme réellement représenté tant son vote n'acte le choix d'aucune ligne claire sur les sujets fondamentaux.

Benjamin Morel

À cette première crise s'en adjoint une seconde. La nomination de Pap Ndiaye peut indigner ou enchanter, elle n'en est pas moins un parfait contre-pied avec la ligne portée pendant cinq ans par Jean-Michel Blanquer. Au-delà même de la question de l'Éducation nationale, elle semble assez peu cohérente avec le choix qui semblait acté, encore il y a une semaine de nommer Catherine Vautrin à Matignon. Le président de la République est donc passé en une semaine, d'une orientation sur les sujets sociétaux perméable à la Manif pour tous, à une orientation non incompatible avec le CRAN. Mais quand l'électorat a-t-il eu son mot à dire sur ces inflexions ? Le choix démocratique, impliqué par une campagne, ne peut être que la sélection d'un candidat. C'est aussi le choix, si ce n'est d'un programme, au moins d'une ligne. Cette ligne permet à l'électorat de savoir pour qui, et pour quoi, il vote. La nomination de Pap Ndiaye aurait été bienvenue si elle avait été le fait de Jean-Luc Mélenchon. Ce dernier ne fait pas mystère de son opinion sur les sujets impliqués et son élection signifierait une onction populaire accordée à cette ligne. Mais quel électeur votant Emmanuel Macron il y a un mois aurait pu le faire en considérant que la portée de son vote eut été celle-ci ?

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Notre système politique est donc un jeu à trois où à la fin, quoi qu'il arrive, c'est le centre qui gagne ; centre qui peut être tout et le contraire de tout, car sa seule caractéristique est de n'en avoir aucune. L'alternance est donc devenue, pour des raisons de structures, improbable, conduisant à un déficit profond de représentation. L'électorat de la majorité lui-même ne peut plus être considéré comme réellement représenté tant son vote n'acte le choix d'aucune ligne claire sur les sujets fondamentaux. Notre démocratie n'a jamais été aussi malade et il ne faudra pas s'étonner que, durant les prochaines années, se vident les isoloirs et se remplissent encore les ronds-points.

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