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Depuis le 30 décembre, le programme d’approvisionnement sécuritaire d’opioïdes de la Colombie-Britannique a franchi une étape décisive : les patients font désormais l'objet d'une supervision afin de contrer le détournement des médicaments de substitution. La mesure suscite des inquiétudes quant à l'accès aux soins.
Le gouvernement avait annoncé pour la première fois en février qu'il allait y avoir des changements et avait précisé au début de décembre que les patients qui comptent sur des opioïdes prescrits, comme l'hydromorphone, allaient devoir consommer leurs doses devant un pharmacien ou un professionnel de la santé.
Jake Flood, directeur des opérations à la société Umbrella, qui offre des services de soutien pour la dépendance, dit que ce changement semble faire l'unanimité auprès de sa clientèle.
D’après lui, le programme sans supervision avait créé un marché de revente accessible aux jeunes.
Ce sont les personnes qui ne prennent pas l'approvisionnement sécuritaire comme prescrit et qui le vendent dans la rue qui vont avoir un problème avec cela.
Des craintes de déstabilisation
Le Dr Brian Conway, directeur médical du Centre de santé urbaine de Vancouver, estime que cette approche presque draconienne a été imposée rapidement sans consultation suffisante.
Bien qu'il reconnaisse qu’il fallait agir contre le détournement de médicaments, il craint que ce changement ne pousse les patients à se désengager du système.
C’est un changement draconien [...] que l'on impose aux gens sans nécessairement les préparer à composer avec ce changement.
Jessica Wilder, médecin à Nanaimo et cofondatrice du groupe Doctors for Safer Drug Policy, observe déjà les effets de cette mesure sur le terrain.
Je crains que nos patients les plus vulnérables [...] ne soient ceux qui seront laissés pour compte par ces mesures de soutien supplémentaires.
L'obligation de se rendre à la pharmacie plusieurs fois par jour est une barrière insurmontable pour les plus précaires, affirme la Dre Wilder.

La Dre Jessica Wilder est spécialisée en médecine familiale et en toxicomanie. Elle craint que la supervision obligatoire ne déstabilise les patients les plus précaires. (Photo d'archives)
Photo : CHEK News
Les pharmacies « sous pression »
Le succès de cette politique repose sur les pharmaciens, mais la Dre Wilder dit avoir été informée que, à Campbell River, des pharmacies communautaires ont déclaré être incapables de gérer cette charge de travail supplémentaire.
Le Dr Conway ajoute que cette règle transforme les pharmaciens en policiers, ce qui risque de créer des conflits. Il s'interroge aussi sur le choix de la date de mise en œuvre, le 30 décembre, en plein milieu de la période des Fêtes.
D'après le Dr Conway, le fait de lancer une telle réforme alors que les bureaux de médecins et les pharmacies fonctionnent avec des effectifs réduits ou sont fermés complique inutilement la transition.
Un constat d'échec pour l'opposition
La députée Claire Rattée, critique conservatrice en matière de santé mentale et de dépendances, estime que la baisse du nombre de participants, qui est passée de 5000 en mars 2023 à environ 1900 maintenant, prouve que le détournement était la motivation principale de nombreux inscrits. Elle estime que le gouvernement fait fausse route.
Il n’y a aucune preuve empirique pour soutenir le fait que cela fonctionne réellement.
Le Dr Brian Conway insiste sur l'urgence d'évaluer la situation rapidement.
Il demande qu'une rétroaction complète soit effectuée d'ici la fin du mois de janvier afin d'identifier les abus, les échecs, mais aussi les pistes de succès pour ajuster le modèle en connaissance de cause.
Avec des informations de Katie DeRosa


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