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«Irritante pour les femmes, excitante pour les hommes» : Brigitte Bardot, l’affranchie

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Dans la France d'après-guerre, elle incarna, bien avant l'heure, la révolution sexuelle et l'émancipation des femmes. Toute sa vie, ses initiales B.B. résonneront avec liberté. Elle est morte le 28 décembre, à l’âge de 91 ans.

Brigitte Bardot, d'une beauté à se damner, danse, pieds nus, un mambo fiévreux et insolent, plus torride qu'un un volcan. Elle passe ses mains lascivement dans ses longs cheveux blond doré et se déhanche en body noir et jupe bleu canard qu'elle relève jusqu'en haut des cuisses jusqu'à sa taille de guêpe. «Vous connaissez un pays où les gens ne pensent qu'à danser et à rire», lance-t-elle au riche entrepreneur quinquagénaire qui la dévore des yeux. Nous sommes en 1956 et elle joue Juliette dans Et Dieu… créa la femme, sous la direction de son mari Roger Vadim qui tourne cette scène devenue mythique dans le petit port de Saint-Tropez. Un mythe était né. Un mythe scandaleux qui prend forme avec une moue boudeuse, un port de reine et un corps de rêve qui fait chavirer les cœurs. Et qui nous a quittés le 28 décembre, à l’âge de 91 ans.

Brigitte Bardot n'a que 18 ans, et sans aucune pudeur ni arrière-pensée, elle envoie valser la bienséance de la France bien-pensante d'après-guerre. Plus de dix ans avant mai 1968, elle incarne déjà la révolution sexuelle à venir, l'émancipation féminine, la liberté de corps et d'esprit que bien des femmes revendiqueront dans les années 1970. Elle est cette déesse aux pieds nus qui danse seule ou avec n'importe qui «irritante pour les femmes, excitante pour les hommes», se plaît-elle à dire.

Brigitte Bardot dans Et Dieu...créa la femme (1956). Marka / Marka/Universal Images Group via Getty Images

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Scandale !

En 1984, Roger Vadim raconte une anecdote parlante à Paris Match. Il vient de présider un colloque à la section Cinéma de l'USC, l'une des deux grandes universités de Los Angeles. Les jeunes étudiants qui ont visionné Et Dieu… créa la femme s'étonnent de la modernité du caractère de Juliette alias Brigitte Bardot mais aussi du fait que les moralistes de cinq continents aient crié au scandale et à la pornographie lors de la sortie du film. «À l'époque, leur répond Vadim, on n'était pas habitué à l'insolence et l'humour associé à l'érotisme. Qui séduisait s'il était du sexe féminin, méritait le mariage ou l'opprobre. La liberté du sexe était bienvenue dans les colonnes de L'Express ou les livres de Simone de Beauvoir. Les Tartuffe intellectuels, les bourgeois bien ou mal pensants regimbaient devant la joyeuse nudité de BB qui éclatait à l'écran.»

Une scène du film peut aussi paraître banale aujourd'hui mais elle dit tout : c'est celle de la nuit de noces entre Bardot et Trintignant qui se passe en fait à l'heure du déjeuner. L'actrice arrive en peignoir, pieds nus, à la table familiale et s'empare du plateau de victuailles. «À cette époque, arriver dans cette tenue à la table parentale, c'était inimaginable, je n'oublierai jamais le choc que j'ai eu à la projection», racontait dans les colonnes du Monde, à l'été 2021, l'actrice Mylène Demongeot, partenaire de la blonde incendiaire dans Futures vedettes (1955). «Et Dieu… créa la femme est le film où la frontière entre le personnage et la propre personnalité de B.B. a été la plus fine», disait aussi Vadim.

Liberté de corps

D'autres avant elle se sont déshabillées devant la caméra, mais ce qu'elle apporte au commencement de sa carrière est une sorte de simplicité audacieuse et naturelle, une spontanéité et un souffle de gaîté, d'insouciance et d'optimisme, bienvenue dans les années d'après-guerre. Née dans une famille bourgeoise des beaux quartiers parisiens, Bardot n'aura de cesse de vivre sa vie comme elle l'entend. Elle mange quand elle a faim, fait l'amour quand elle en a envie, tourne si ça lui chante, dit ce qu'elle pense haut et fort. Féministe non calculée, émancipée comme un garçon manqué, servant d'accélérateur à une société qui n'attendait que ça. Elle devient, vite aussi, malgré elle, une bombe sexuelle, faisant fantasmer des millions d'hommes et s'attirant la jalousie d'un nombre équivalent de femmes aigries. Ces dernières ne lui pardonnant sans doute pas ses mariages successifs (Roger Vadim, Jacques Charrier, Gunter Sachs, Bernard d'Ormale) et ses amants en série (Jean-Louis Trintignant, Gilbert Bécaud, Sacha Distel, Sami Frey, Serge Gainsbourg…) que cette amoureuse perpétuelle jetait aussi passionnément qu'elle les attirait dans ses filets.

Car le sexe pour Bardot n'est pas synonyme de péché. «Un jour, Vadim a dit devant moi une phrase qui m'a beaucoup frappée racontera-t-elle : “En France, un homme qui a des maîtresses, on dit que c'est un Dom Juan. Une femme qui a des amants, c'est une pute.” C'est comme si j'avais entendu des voix. Je me suis dit qu'il fallait enterrer une fois pour toutes les idées comme celle-là. Et j'ai été la première à montrer qu'une femme pouvait très bien mener une vie d'homme sans être pour cela une fille publique… Je suis devenue, sans préméditation de ma part, le symbole de la liberté de la femme. De sa liberté sexuelle, je suis une femme libre.»

Je suis devenue, sans préméditation de ma part, le symbole de la liberté de la femme

Brigitte Bardot

Liberté de ton

En 1996, l'actrice légendaire qui a fait ses adieux au cinéma en 1975 pour épouser la cause animale, publie ses mémoires : Initiales B.B. où elle dit tout, ne dissimule rien – ses ratages professionnels, ses crises de nerfs, ses humiliations, ses tentatives de suicides, sa haine de la presse qui l'a traquée et empêchée de vivre. Elle s'exprime comme d'habitude : sans masque, ni pudibonderies. Traite son ex-mari Jacques Charrier de «bourgeois jusqu'au troufignard» et un de ces amants de «connard de play-boy», décrit Jeanne Moreau comme une «ambitieuse prête à tout», Alain Delon comme un «narcissique» et accole à Catherine Deneuve le qualificatif de «nunuche» à ses débuts. Mais surtout déclenche un nouveau scandale, brise encore un tabou, et pas des moindres, celui de la maternité.

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Radicalement vôtre

Elle écrit pour raconter la naissance de son fils Nicolas en 1960 : «Mon enfant, c'était comme une tumeur dans mon corps… Quand je me suis réveillée, j'ai cru avoir sur mon estomac une bouillotte en caoutchouc. C'était mon fils, j'ai hurlé : “Qu'on me l'enlève.” Je n'ai jamais eu la fibre maternelle.». Attaquée par son ex-mari Jacques Charrier et son fils Nicolas pour violation de leur vie privée, diffamation et injure, elle sera condamnée à leur payer des dommages et intérêts. Elle dira plus tard que son enfant a porté les conséquences de l'hystérie collective – et du traumatisme découlant qui régnait autour d'elle au moment de son accouchement.

À lire aussi Nicolas, le fils unique et mal-aimé de Brigitte Bardot et Jacques Charrier

À la journaliste Guillemette de Sairigné, qui, lors d'un long entretien dans Madame Figaro, lui demande si elle a été meilleure grand-mère que mère elle répond : «Je ne suis pas grand-mère du tout !». Sacré B.B. Rien ne l'arrête. Mais ses prises de position radicales font aussi partie de sa légende. Celles pour soutenir son combat en faveur de la cause animale lui vaudront d'ailleurs d'autres poursuites en justice. «Je ne regrette rien, dira-t-elle pourtant jusqu'à la fin de sa vie. J'assume seule, pour le meilleur et pour le pire. J'ai toujours été libre.»

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