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Ottawa confirme la fin imminente du programme Passage à la frontière dans les régions éloignées (PFRE). À partir de septembre prochain, les permis annuels céderont la place à un signalement téléphonique obligatoire. Cette mesure suscite l'indignation des communautés frontalières : elles dénoncent un recul technologique et pressent le gouvernement fédéral de faire marche arrière.
Ce programme, qui permettait à environ 11 000 voyageurs préapprouvés de circuler sans arrêt systématique, sera officiellement supprimé le 14 septembre 2026.
Toutefois, pour les communautés proches de la frontière entre le Manitoba et le Minnesota, puis des régions limitrophes de l’Ontario, ce changement s’accompagne de son lot de bouleversements.
Pour les résidents de l'enclave du Northwest Angle, au Minnesota, cette décision est un coup de massue. Cette communauté, uniquement accessible par la route via le Manitoba, dépend du passage frontalier pour l’épicerie, l’école ou les soins médicaux.
Nous avons une famille de dix personnes. Il y a presque toujours quelqu'un sur la route chaque jour, confie Jason Goulet, propriétaire d’un centre de villégiature local. C'est un changement majeur pour nous.

Jason Goulet, propriétaire d'un centre de villégiature à Northwest Angle, souhaite que le Canada maintienne le programme de passage frontalier dans les régions éloignées, parce que sa famille et lui doivent passer plusieurs fois par le Manitoba avant de se rendre chez eux au Minnesota.
Photo : Radio-Canada / Karen Pauls
Désormais, chaque passage nécessitera un arrêt à l'une des cabines téléphoniques désignées. Une perspective peu réjouissante lorsque l'on connaît la rigueur des hivers manitobains ou l'omniprésence des insectes en été.
Gerry Jochimsen et sa femme, des touristes qui voyagent chaque année entre le Wisconsin et Northwest Angle, en transitant par le Manitoba, sont conscients que plus rien ne sera comme avant.
Une fois, nous avons dû attendre plus de deux heures. Heureusement, nous n'étions pas pressés de rentrer à la maison, dit-il. Mais en cas d'urgence, on commencerait à être un peu nerveux.
Inquiétudes pour les droits des Autochtones
La fin du programme soulève également des questions juridiques cruciales pour les Premières Nations. En vertu du traité de Jay de 1794, les peuples autochtones disposent d'un droit de libre circulation de part et d'autre de la frontière.
Brittany Powassin, conseillère de la Première Nation Animakee Wa Zhing #37, dans le nord-ouest de l’Ontario, constate que les contrôles deviennent de plus en plus pénibles. Elle craint surtout que le nouveau dispositif ne complique davantage l'accès aux territoires ancestraux, déjà fragilisé par une surveillance accrue de l'agence fédérale américaine de contrôle de l'immigration.
Pour moi, c’était plus facile avec le permis PFRE et la carte Nexus, mais j'entends dire que l'attente s'allonge pour ceux qui utilisent leur carte de statut.
Ottawa justifie cette mesure dans le cadre d’un plan de modernisation de 1,3 milliard de dollars, visant à renforcer la surveillance et la sécurité frontalières sous la pression de l'administration Trump. Pourtant, sur le terrain, l'argument sécuritaire ne convainc personne.
Quelqu'un qui ne devrait pas traverser la frontière ne va pas s’arrêter pour appeler, dit M. Goulet sur le ton de l'ironie. À l’inverse, le programme PFRE imposait des vérifications d’antécédents rigoureuses, garantissant que seuls les voyageurs de confiance bénéficiaient de la fluidité.
Où est la technologie?
Le contraste est frappant avec le voisin américain qui a instauré l’utilisation de l'application ROAM, permettant de se signaler au moyen d'un téléphone intelligent. En effet, l'application permet de numériser un passeport et de signaler son entrée en quelques secondes.

Contrairement au Canada, les États-Unis misent sur la technologie : les voyageurs n'ont qu'à numériser leur passeport et à signaler leur passage aux agents frontaliers en quelques clics.
Photo : Radio-Canada / Karen Pauls
Nous sommes en 2026. Nous travaillons tous avec des applications, s'étonne Nathan Truesdell, un commerçant local de Northwest Angle. Côté américain, je lance l’application, je numérise mon passeport et j’ai souvent l’approbation avant même d’arriver chez moi.
De son côté, l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) maintient sa position : aucune application mobile n'est actuellement en développement. Elle assure toutefois que les volumes d'appels seront surveillés de près pour éviter les attentes interminables, qui peuvent parfois dépasser deux heures, selon certains témoignages.
L'ASFC a promis de poursuivre les consultations avec les communautés autochtones et les entreprises locales pour déterminer l'emplacement de nouveaux sites de signalement, sans toutefois revenir sur la suppression du permis.
Avec les informations de Karen Pauls


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