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Fida Bizri raconte son enfance pendant la guerre du Liban : "J'ai mis longtemps à me dire que ça s'appelait de la peur"

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Tous les jours, une personnalité s'invite dans le monde d'Élodie Suigo. Mardi 17 février 2026, l'actrice et scénariste Fida Bizri. Elle apparaît dans le documentaire "Green Line" de Sylvie Ballyot.

Publié le 17/02/2026 14:22 Mis à jour le 17/02/2026 14:23

Temps de lecture : 6min

Fida Bizri, à Locarno en Suisse, en août 2024. (JEAN-CHRISTOPHE BOTT / MAXPPP) Fida Bizri, à Locarno en Suisse, en août 2024. (JEAN-CHRISTOPHE BOTT / MAXPPP)

Fida Bizri est actrice et scénariste, elle a été adoptée par le public grâce à son rôle et son implication aux côtés de Sylvie Ballyot dans le drame Moi tout seul, en 2012. Le 18 février 2026, elle est à l'affiche du documentaire Green Line, qui retrace 15 ans de guerre qu'elle a connues et subies à Beyrouth, au Liban, en tant qu'enfant. Elle a connu ce que grand-mère appelait l'enfer rouge et la banalisation de la mort. Cette période l'a marquée à vie, la plongeant dans un doute permanent du sens et de l'importance de rester en vie. Elle est allée rencontrer certains des combattants, des historiens qui ont eux aussi vécu cette guerre pour comprendre et mettre des mots sur ce qu'elle a vécu. Ce film démarre sur la genèse de ce film qui parle de son pays et de la mort. La première image est associée à un son qui, même derrière l'écran, nous émeut, c'est celui d'une bombe qui explose.

franceinfo : Je voudrais que vous me racontiez comment est né ce film.

Fida Birzi : Ce film est né dans la tête de Sylvie Ballyot avant de naître dans la mienne. On s'est rencontrés et elle a eu envie d'essayer de comprendre les guerres du monde un peu à travers moi. On s'est rencontrés à l'occasion d'une guerre au Liban en 2006. Je ne viens pas du cinéma, donc j'ai mis du temps à comprendre ce que ça signifiait et mon implication. Dans un premier temps, on parlait, donc je racontais mon enfance. Aller voir les miliciens, ce n'est venu que dans un deuxième et un troisième temps.

Avec ce documentaire, on comprend mieux les choses, on est un matin de 1975. Il y a une ligne verte qui coupe Beyrouth en deux avec d'un côté les musulmans, Beyrouth-Ouest avec comme tag sur les murs, "Israël est le mal absolu" et de l'autre il y a les chrétiens, à Beyrouth-Est avec des snipers qui tirent et leur slogan, à certains, est, "Chaque Libanais doit tuer un Palestinien". On comprend à quel point, encore aujourd'hui, avec les événements actuels que rien n'est terminé. D'ailleurs, une femme vous l'explique en vous demandant, à quel moment peut-on considérer que la guerre est terminée ?

La guerre continue, pas qu'au Liban, l'état de guerre continue.

"Faire ce travail de mémoire, c'est très difficile quand la guerre n'est pas terminée, quand sa propre guerre n'est pas terminée."

Peut-être que le fait d'être sorti du Liban me permet de me dire que dans toutes mes guerres, j'ai  eu une pause dans laquelle j'ai pu m'engager dans ce film ou dans une réflexion. Quelqu'un qui vit tout le temps sous les bombes, c'est très difficile parce qu'en plus ce travail, ça donne une certaine détente, ce travail de mémoire. Une fois, qu'on a nommé certaines choses, on est un peu plus rassuré, on est un peu plus en confiance et cette confiance-là, n'est pas productive en temps de guerre parce qu'on est plus alerte.

Des images de cette époque apparaissent, montrant des hommes armés longeant les bâtiments et le désastre apparaît avec des personnages en terre cuite. Vous apercevez une femme morte et vous vous allongez à côté d'elle en vous disant, "Peut-être que moi aussi, il faut que je disparaisse pour ne plus rien sentir". C'est fou de penser ça à cet âge-là.

Vous, peut-être, vous l'appelez, mort, dans ma tête, je l'appelais, une pause. Une pause de cette incompréhension.

Comment expliquez-vous que même les adultes de votre famille, même votre grand-mère, n'arrivaient pas à mettre des mots pour vous expliquer la situation ?

J'ai beaucoup de gratitude pour mes parents et ma famille de ne pas avoir mis des mots, même si, quand j'étais petite, j'étais jalouse de mes camarades à l'école. Ils avaient tous une version très claire sur qui avait raison et qui avait tort. Ma famille n'était pas d'un bord précis à tout prix et c'est sûr que c'est plus compliqué à gérer, mais en grandissant, c'est plus intéressant de ne pas être d'un bord aveuglément.

Ce que ça met aussi en exergue et c'est très important, c'est à quel point les guerres n'épargnent absolument pas les enfants.

À la projection du film au Liban, la première fois, il y avait les miliciens et il y en a un parmi eux qui a dit qu'il n'avait jamais pensé à la version d'un enfant de ce qui se passait. Il avait pensé à la version d'autres camps ennemis, comment eux, il pourrait redéfinir leurs gestes. Il n'avait pas pensé à dont un enfant pouvait le redéfinir.

Que gardez-vous de cette enfance alors ?

Aujourd'hui, j'ai envie de garder de la poésie. Je garde aussi le fait que j'ai eu peur, j'ai mis longtemps à me dire que ça s'appelait de la peur. Je n'ai appelé ça de la peur plusieurs années après la guerre.

"La chose la plus forte que je garde du film, c'est que la peur est un matériau vivant qui se travaille, ce n'est pas une malédiction."

On vous voit à la fin du film dans une manifestation, il y a à la fois de l'espoir et du désespoir. Quelle est votre vision de l'avenir ?

J'espère moins de manichéisme et plus de sensibilité et un vrai travail pour chercher des mots. Donc peut-être commencer une histoire plus intérieure, plus sur les traces de dire ce que ça me fait.

Ce documentaire, vous a-t-il permis de vous alléger ?

Absolument, alors que je ne m'attendais pas à ça. Je ne demandais pas à ce documentaire de m'alléger et ça m'a donné du vocabulaire personnel pour parler de ce que je ressentais.

À regarder

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