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Des gens ont trouvé un filon pour gagner facilement de l’argent : exploiter le débat sur la question d’une éventuelle séparation de l’Alberta du Canada pour publier des contenus sur les réseaux sociaux qui leur rapportent de l’argent par l’intermédiaire de la monétisation.
C’est ce que fait une personne qui porte le nom de Nieta Aqila, qui se fait passer pour une Canadienne, mais qui se trouve être une créatrice de contenu et vendeuse de nouilles en Indonésie.
Un compte en son nom, dans un groupe Facebook populaire appelé « Alberta Independence », compte plus de 100 000 membres.
La ruée vers les gains faciles
Nieta Aqila a même publié des messages sur les revenus qu'elle génère grâce au programme de monétisation de Meta, qui récompense les créateurs de contenu, grâce notamment au nombre d’abonnés à leur compte.
Une capture d’écran du tableau de bord de monétisation Meta de Nieta Aqila, qu’elle a publiée, montrait qu’elle gagnait environ 14 dollars américains par mois lorsqu’elle était active dans des groupes Facebook de l’Alberta.
C'est une production de contenu à faible coût, constate Renee DiResta, professeure associée de recherche à l'Université de Georgetown, à Washington. Cela leur permet de gagner un peu d'argent supplémentaire, ce qui peut changer complètement la situation dans certaines régions du monde.
Le compte de Nieta Aqila fait partie des 14 comptes étrangers identifiés par CBC sur Facebook, qui ont publié, au cours des deux derniers mois, du contenu politiquement clivant sur le séparatisme albertain.
La plupart de ces comptes, qui sont administrés à partir de l’Indonésie, du Pakistan, de l’Inde, des États-Unis et du Sri Lanka, ont cumulé des dizaines de milliers de réactions et de commentaires en ligne.

Cette capture d’écran du tableau de bord de monétisation Meta de Nieta Aqila montre qu’elle gagnait environ 14 dollars américains par mois lorsqu’elle était active dans des groupes Facebook de l’Alberta.
Photo : Nieta Aqila/Facebook
Selon des experts, cela montre à quel point les mesures incitatives mises en place par Facebook pour les créateurs de contenu peuvent nuire au débat public sur des sujets importants.
Il ne s'agit pas toujours d'une ingérence étrangère classique au sens où l'État serait impliqué, explique Matt Navarra, consultant en réseaux sociaux au Royaume-Uni.
Des gens situés à des milliers de kilomètres de là se rendent compte que l'indignation des Canadiens est une question rentable. Je pense qu'ils ne se soucient peut-être pas du tout de la politique canadienne.
Une sorte d’industrie se développe en exploitant le vif débat sur la question de l’indépendance de l’Alberta.
Récemment, une enquête a révélé que plusieurs chaînes YouTube totalisant des dizaines de millions de vues et prônant l'annexion de l'Alberta par les États-Unis avaient été créées par des personnes résidant aux Pays-Bas dans le but de générer des revenus grâce à la plateforme.
Un pari a également été ouvert sur deux plateformes en ligne, Kalshi et Polymarket, sur la question suivante: L'Alberta votera-t-elle en faveur de la sécession du Canada?
Selon des experts, il semblerait qu’un modèle économique favorisant la monétisation de contenus captivants plutôt que précis ou fiables ait pris son essor sur Facebook, malgré les règles interdisant les contenus trompeurs.
Il y a deux bénéficiaires dans cette affaire. Les premiers sont les personnes malhonnêtes qui se livrent à cette activité parce qu’elle leur est financièrement profitable, estime Aengus Bridgman, directeur de l’Observatoire de l’écosystème médiatique à l’Université McGill, à Montréal. L’autre est la plateforme elle-même.
Des usurpations de comptes
Par ailleurs, beaucoup de créateurs de contenu établis à l’étranger s'emparent souvent des comptes d’Albertains pour faire leur besogne.
Dans une de ses publications populaires, Nieta Aqila affirme avoir rencontré des personnes faisant campagne pour l’indépendance à Calgary et leur avoir exprimé son soutien.
Une recherche d'images inversée de Google a permis de découvrir qu’il s’agit, en fait, d’une publication qui avait été volée à Brock Ireland, un homme d'Edmonton.
Si des gens volent l'identité d'autres personnes, c'est tout à fait inacceptable, a réagi ce dernier lorsque CBC l'a informé que sa publication avait été dupliquée. Ça fait vraiment mal [d’apprendre cela].

La plupart des créateurs de contenu établis à l’étranger s'emparent souvent des comptes d’Albertains faisant la promotion de l’indépendance de la province.
Photo : CBC; Nieta Aqila/Facebook
Un autre compte Facebook, portant le nom d'utilisateur Riri Seyer, qui a été identifié comme étant géré depuis le Pakistan, publie des contenus ouvertement en faveur du séparatisme albertain.
Renee DiResta, de l’Université de Georgetown, s’insurge contre ses pratiques et évoque la responsabilité de Facebook.
Ce que fait Meta, c'est inciter [les utilisateurs] à trouver des sujets auxquels les gens croient profondément, qui les touchent profondément, et à manipuler ces personnes à des fins lucratives. Meta a la responsabilité de faire respecter ses règles d'authenticité et de monétisation.
Dans un communiqué par courriel, Meta dit avoir supprimé les contenus qui enfreignent ses politiques relatives aux comportements inauthentiques et désactivé les comptes qui en étaient à l'origine.
Celui de Riri Seyer et cinq autres comptes similaires ont été supprimés. Le compte Facebook de Nieta Aqila est cependant toujours actif, bien que ses publications aient été supprimées du groupe Alberta Independence.
D’après un texte (nouvelle fenêtre) d’Eric Szeto, de Jordan Pearson et de Christian Paas-Lang


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