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En réagissant si tard, Mathieu Darche a coincé Peter DeBoer entre l’arbre et l’écorce

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Plusieurs études affirment qu’à long terme, les changements d’entraîneurs n’ont à peu près pas d’effet sur les performances d’une équipe. Mais à court terme, c’est une autre affaire.

Énormément de gens ont été surpris dimanche par le congédiement de Patrick Roy chez les Islanders de New York.

Dans la Ligue nationale de hockey (LNH), ce n’est pas tous les jours qu’on voit l’entraîneur d’une formation impliquée dans une course aux séries se faire congédier à quatre matchs de la fin du calendrier. Et c’est aussi assez rare de voir un directeur général remercier un entraîneur qui a encore deux saisons de contrat en poche.

Dans un cas comme dans l’autre, il fallait que Mathieu Darche soit très motivé pour prendre une telle décision.

Qui sait, Darche a peut-être été inspiré par la démarche de son confrère Kelly McCrimmon, des Golden Knights de Vegas? Le 29 mars, avec seulement huit rencontres à disputer, Vegas a jeté son entraîneur Bruce Cassidy par-dessus bord pour le remplacer par le vétéran John Tortorella.

Depuis le retour de la pause olympique, les Golden Knights semblaient incapables de stopper une glissade (5-10-2 et moyenne de ,353) qui commençait à sérieusement menacer leur participation aux séries. Tout bonnement, McCrimmon a alors jugé qu’il avait besoin d’un entraîneur de courte relève. Il a donc contacté Tortorella.

Dans le plus pur style de gestion coupe-gorge des Golden Knights, Tortorella s’est ainsi fait proposer un contrat couvrant uniquement la fin de la présente saison! Et tel un mercenaire, l’entraîneur l’a accepté.

À date, ce pari s’avère payant. Les Golden Knights ont remporté les trois matchs disputés sous les commandes de Tortorella. Et ils jouissent maintenant d’une avance de cinq points sur la première équipe exclue du portrait des séries dans l’Ouest.

À Long Island, la situation des Insulaires était similaire à celle des Golden Knights. Assez confortablement positionnés pour les séries au début de mars, les Islanders venaient de subir quatre défaites consécutives et n’avaient remporté que 3 de leurs 10 derniers matchs (3-7-0 et moyenne de ,300) quand Mathieu Darche a viré Patrick Roy.

Mathieu Darche s’est tourné vers l’excellent vétéran Peter DeBoer pour obtenir un sauvetage. Par contre, il a probablement attendu trop longtemps avant de bouger. L’entraîneur de relève arrive effectivement très tard dans le match puisque les Islanders se retrouvaient lundi matin dans la chaise de la première équipe exclue du tournoi printanier dans l’Est.

La situation de DeBoer équivaut donc à celle d’un lanceur qu’on fait sortir de l’enclos en fin de neuvième manche lorsque les deux équipes sont à égalité, que les coussins sont remplis et qu’il n’y a qu’un seul retrait. En conséquence, l’entraîneur n’aura peut-être pas suffisamment de temps pour réussir sa mission.

Le temps nous dira bien assez vite si Mathieu Darche a trop attendu avant de prendre une décision d’une telle importance. Mais en attendant, chose certaine, les statistiques démontrent que ces dernières années, la vaste majorité des changements d’entraîneurs survenus en cours de saison se sont avérés bénéfiques à court terme pour les directeurs généraux.

Si l'on remonte jusqu’à la saison 2021-2022 et qu’on analyse les 17 derniers congédiements d’entraîneurs survenus en cours de saison, on constate que 13 (76,4 %) ont entraîné des améliorations – la plupart du temps considérables – du rendement des équipes concernées. Mais au risque de se répéter, tout cela est souvent éphémère.

En même temps, lorsqu’on suit les trajectoires de certains entraîneurs, on en vient rapidement à se questionner sur le maintien du niveau d’engagement des athlètes (ou de leur capacité d’attention) à travers le temps.

L’exemple de Bruce Boudreau est particulièrement captivant.

Boudreau a été l’un des meilleurs spécialistes de la relève de la LNH au cours des 20 dernières années. Durant sa carrière, il a notamment transformé les Capitals de Washington et les Ducks d’Anaheim en équipes compétitives alors qu’elles croupissaient dans les bas-fonds.

Son dernier sauvetage est survenu en décembre 2021 lorsqu’il a été appelé à remplacer Travis Green chez les Canucks de Vancouver. Quand Boudreau est arrivé en poste, les Canucks présentaient une fiche de 8-15-2 (,360). Mais jusqu’à la fin de cette saison, ils ont enchaîné avec une formidable séquence de 32-15-13 (,649).

Le pauvre Boudreau a toutefois vu ses Canucks entreprendre la campagne suivante avec un dossier de 18-25-3 (,424). Et un an après avoir sauvé les Canucks, la trappe s’ouvrait sous ses pieds pour faire place à Rick Tocchet! La fiche de Tocchet en deuxième moitié de calendrier s’est élevée à 20-12-4 (,611).

Certains qualifieraient un tel environnement de travail de monde de fous, et ils auraient sans doute raison. Mais quand on se place dans les chaussures de directeurs généraux qui ont eux-mêmes le fusil du propriétaire sur la tempe, peut-on leur reprocher d’avoir recours à ces remèdes de courte durée puisqu’ils fonctionnent la plupart du temps?

Le même genre de situation s’est produit à Edmonton quand Jay Woodcroft a pris la relève de Dave Tippett en février 2022. La moyenne de succès des Oilers est alors immédiatement passée de ,557 (rythme d’une saison de 91 points) à ,724 (rythme d’une saison de 119 points).

Mais neuf mois plus tard, lorsque les Oilers connaissaient un début de saison catastrophique (3-9-1 et moyenne de ,269), Woodcroft a été viré au profit de Kris Knoblauch. Et sous Knoblauch, Edmonton a maintenu une moyenne de succès de ,703 (rythme de 115 points) jusqu’à la fin de la saison.

Enfin, l’expérience récente de Jim Montgomery à Boston et à Saint Louis s’avère aussi très révélatrice.

Montgomery a mené les Bruins à une saison historique de 135 points en 2022-2023, puis à une autre excellente récolte de 109 points en 2023-2024. Soudainement, il a semblé perdre l’attention de ses hommes au début de la campagne 2024-2025. Les Bruins l’ont congédié le 19 novembre lorsqu’ils présentaient une fiche perdante de 8-9-3 (,475).

Le DG des Blues de Saint Louis, Doug Armstrong, s’est dépêché de congédier son entraîneur Drew Bannister pour embaucher Montgomery. Arrivé à Saint Louis cinq jours après avoir été viré à Boston, Montgomery a fait passer la moyenne de succès des Blues de ,432 (rythme de 71 points) à ,642 (rythme de 105 points).

Mais cette saison, la poussière étant retombée, les Blues n’ont que 78 points en banque (,513) et rateront vraisemblablement les séries.

En conclusion, si Mathieu Darche avait perdu confiance en Patrick Roy, il a pris la bonne décision en faisant appel à l’un des entraîneurs les plus performants de la profession pour le remplacer. Tout le monde conviendra toutefois qu’il a mis beaucoup trop de temps avant de décider que Roy n’était plus l’homme de la situation.

DeBoer devant quasiment remporter les quatre matchs qui restent pour participer aux séries, le nouveau DG a considérablement amenuisé ses chances de profiter du rebond positif qui découle habituellement d’un changement d’entraîneur.

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