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Deux élues de l’Assemblée législative du Yukon battent un record datant de 1996. Patti McLeod et Kate White, en poste depuis le 11 octobre 2011, soit 5230 jours, deviennent les femmes ayant siégé le plus longtemps dans l’histoire politique du territoire.
Ni Patti McLeod, députée de Watson Lake-Ross River-Faro pour le Parti conservateur, ni Kate White, députée dans Takhini, cheffe du Nouveau Parti démocratique (NPD) et de l'opposition officielle, n’avaient ce record en tête lorsque nous les avons contactées.
Je n'en avais aucune idée, s'est exclamée cette dernière.
Est-ce plus facile pour les femmes en politique aujourd’hui? Kate White affirme que cela reste un défi, alors que Patti McLeod dit n’avoir jamais senti qu'il y avait des obstacles.
Jusqu'ici, ce record était détenu par Beatrice Bea Firth et Margaret Commodore, toutes deux députées de 1982 à 1996. À leur arrivée en politique territoriale, seules six femmes avaient été élues avant elles, la première en 1967.
Elle s’est vraiment fâchée
Les femmes étaient rares à l’Assemblée législative, se souvient Margaret Commodore, qui était pour sa part la deuxième femme autochtone.

Margaret Commodore a été une pionnière de la politique au Yukon et au Canada.
Photo : Fournie par Margaret Commodore
Aujourd’hui âgée de 93 ans, elle raconte un incident survenu en 1982, lorsqu'elle faisait du porte-à-porte. Elle se souvient encore de la maison. La femme qui a répondu s’est vraiment fâchée, disant que je n’avais aucune raison de me présenter parce que je n’étais pas un homme, dit cette pionnière.
J'ai été abasourdie parce que j’ai toujours pensé que j’étais égale à n’importe quel homme.
Même si le travail de député n’est jamais facile, cela a changé depuis, croit la première femme autochtone au Canada à avoir été nommée à un poste au Cabinet.
À l’élection territoriale du 3 novembre dernier, il y a d’ailleurs eu le plus grand nombre de femmes jamais élues, soit 11 sur 21 députés.
Expériences contrastées
Patti McLeod dit que le fait d'être une femme n’a jamais était important pour elle.
Je ne pense pas avoir fait face à des barrières à cause de mon genre, dit celle qui a été la première femme à présider l’Assemblée législative du Yukon, en 2016. J’ai toujours eu accès aux mêmes possibilités que les autres élus.
Selon elle, il n’y a pas de défis propres aux femmes en politique. Elle dit que le fait d’être élu est exigeant pour tout le monde, surtout à cause du temps passé loin de la famille.
Que répondrait-elle aux personnes qui estiment que les femmes sont traitées différemment à l’Assemblée législative?
Personne ne m’a jamais dit ça. Si cela arrivait, je leur raconterais simplement mon expérience. Et mon expérience, c’est que tout le monde est sur le même pied d’égalité, dit Patti McLeod.

Kate White à l'Assemblée législative en 2017.
Photo : Radio-Canada / Claudiane Samson
La néo-démocrate Kate White décrit une réalité différente.
Elle dit avoir été jugée sur son ton, ses vêtements et qualifiée de trop émotive, tant à l’Assemblée qu’à l’extérieur. Elle évite d’ailleurs de lire les commentaires sur le web.
Quand je m’affirme, on dit que je suis en colère. Quand je suis en colère, on dit… on dit beaucoup de choses. Et quand je suis passionnée, ce mot est utilisé contre moi.
Encore difficile
Susan Franceschet, professeure en science politique spécialisée en genre à l’Université de Calgary, explique que des recherches documentent ces perceptions divergentes.
La majorité des politiciennes font face à des difficultés ou à un traitement inégal, notamment des exigences plus élevées. D’autres n’en voient pas.
C’est surtout le cas des femmes qui sont de droite ou conservatrices. Elles ont tendance à minimiser les stéréotypes de genre ou les barrières liées au genre, dit la politologue, qui ne connaît pas la politique yukonnaise.

Vue de l'Assemblée législative du Yukon, en 2021.
Photo : Radio-Canada / Wayne Vallevand
Susan Franceschet estime que le sexisme qu’a vécu Margaret Commodore lorsqu'elle faisait du porte-à-porte se retrouve maintenant sur les réseaux sociaux.
Le plus important obstacle, selon elle, reste la difficile conciliation entre vie politique et famille. Cela pousse les femmes à avoir une carrière politique plus courte que leurs homologues masculins.
Toutefois, celles qui accumulent les années deviennent une référence et, dit-elle, des modèles.
Kate White, surprise d’apprendre la nouvelle au sujet du record, s’est d’abord dite ravie de savoir que c'était Margaret Commodore, une autre néo-démocrate, qui le détenait.
C’est une leader et une mentore incroyable, qui montre qu’on peut être à la fois opiniâtre, puissante et bienveillante.

Cette photo de Margaret Commodore illustre sa biographie écrite par John Sutton Lutz.
Photo : Fournie par Margaret Commodore
Margaret Commodore, qui a récemment revisité son passé pour une biographie, avoue en riant être encore étonnée de tout ce qu’elle a accompli.
Parfois, quelqu’un me dit : "J’ai fait cela grâce à vous" juste parce que je servais d’exemple. C’est impressionnant.
Patti McLeod espère que son parcours permettra à toutes les jeunes femmes de comprendre qu’elles peuvnt accomplir ce qu’elles veulent.
Kate White conclut en disant qu'il est aussi important de maintenir les portes ouvertes pour ces dernières.


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