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Si l’on en croit les interventions de la soirée, le principal danger pour les juifs de France serait désormais un député vegan qui tweete depuis son bureau.
Yonathan Arfi n’y est pas allé de main morte, qualifiant LFI de « parti factieux » et de « secte politique dangereuse pour la République ». Selon lui, le mouvement de Jean-Luc Mélenchon représenterait un « danger existentiel pour les Français juifs ». On aura noté l’audace du vocabulaire : entre l’absence de démocratie interne dénoncée, la « violence comme stratégie », le « culte du chef » et les compromissions avec les régimes autoritaires, Arfi a brossé le portrait d’une formation politique qui aurait tous les défauts sauf celui, peut-être, d’exister vraiment ainsi.
Visant personnellement plusieurs députés, il a lancé : « Rima Hassan, Aymeric Caron, David Guiraud, Thomas Portes… tôt ou tard, vous serez rattrapés par la justice ! » On ne sait pas encore quel tribunal devra se saisir de ces « délits » d’opinion, mais le président du CRIF les accuse de légitimer l’antisémitisme par leurs discours, notamment lorsque des slogans comme « Sionistes hors des facs » sont scandés lors de meetings. Arfi dénonce également une « essentialisation des Juifs » et un antisionisme qu’il assimile à un « nouveau maccarthysme » – une comparaison qui aurait sans doute fait tressaillir les victimes du véritable maccarthysme.
Arfi en a profité pour réclamer un renforcement des lois Pleven et Gayssot afin de pénaliser les formes contemporaines d’antisémitisme liées à la critique d’Israël, saluant au passage la proposition macronienne d’inéligibilité pour racisme. Il a même trouvé le temps d’épingler la CGT pour « apologie du terrorisme » et Radio Nova, devenue selon lui un « refuge de l’humour antisémite ». Une soirée chargée.
« Rima Hassan, Aymeric Caron, David Guiraud, Thomas Portes…tôt ou tard vous serez rattrapés par la justice » Yonathan Arfi (@Yonathan_Arfi) président du CRIF pic.twitter.com/4FZUTHQ9b4
— i24NEWS Français (@i24NEWS_FR) February 19, 2026
Lecornu se fait justicier sur les réseaux sociaux
Invité d’honneur, Sébastien Lecornu n’a pas déçu les organisateurs : discours musclé, promesse d’examiner en avril une proposition de loi de la députée Caroline Yadan visant à créer un délit de « négation d’un État » – une innovation juridique qui devrait intéresser les constitutionnalistes. « Appeler à la destruction de l’État d’Israël, c’est appeler à la mise en danger vital d’un peuple », a-t-il asséné, estimant que le slogan « De la mer au Jourdain » équivaut à un appel à la disparition d’Israël. On se demande si cette grille de lecture s’appliquera également aux appels à détruire d’autres États.
Mais le moment le plus savoureux fut sans doute la citation par Lecornu d’un tweet d’Aymeric Caron : « Nous ne faisons pas partie de la même espèce humaine ». Le Premier ministre, interprétant ces mots comme une référence aux Juifs, a qualifié la phrase d' »immonde » et digne d’un antisémitisme nazi. Il en a profité pour annoncer que la France demanderait la révocation de Francesca Albanese, rapporteure de l’ONU sur les territoires palestiniens, également accusée de rhétorique antisémite. La chasse aux sorcières est ouverte.
Après consultation de mon avocat Maître Jean-Christophe Bonte Cazals, j’ai décidé de porter plainte contre le Premier ministre @SebLecornu.
Hier soir au dîner du Crif, celui-ci a tenu à mon encontre des propos extrêmement graves.
Il m’a accusé d’avoir prononcé une phrase digne… pic.twitter.com/k1VvegBPQW
— Aymeric Caron (@CaronAymericoff) February 20, 2026
Caron réplique : « Mensonge énorme » et annonce une plainte en diffamation
Aymeric Caron n’a pas tardé à réagir sur le réseau social X, dénonçant un « mensonge énorme » de la part de Sébastien Lecornu. Le député de la 18e circonscription de Paris, fondateur de la Révolution Écologique pour le Vivant, affirme que sa phrase visait les « soutiens du génocide » à Gaza, sans aucune référence à la religion juive. « Je n’ai jamais prononcé cette phrase en référence aux Juifs », insiste-t-il, rappelant que près de la moitié des Juifs américains reconnaissent un génocide à Gaza.
Caron annonce avoir consulté son avocat, Me Jean-Christophe Bonte-Cazals, et décidé de porter plainte contre le Premier ministre pour diffamation. « Que le Premier ministre de la France se livre ainsi à un mensonge aussi énorme contre un député de la nation, afin de le discréditer, alimentant la campagne de haine et de menaces dont je suis victime depuis plus de deux ans, est intolérable. » Il compare la méthode au « trumpisme le plus débridé », citant un mensonge similaire sur Francesca Albanese.
Dans un autre message, Caron s’en prend à l’événement du CRIF, accusant Lecornu de nier le génocide à Gaza et d’annoncer une loi punissant ceux qui l’affirment. « Nous n’appartenons pas à la même espèce humaine. J’appartiens à celle qui promeut l’empathie, la morale, la justice, le pacifisme. Vous appartenez à celle qui promeut le sang, la violence, la barbarie », lance-t-il au Premier ministre. Le ton est donné.
La plainte de Caron pourrait au moins avoir le mérite de poser la question des limites de la liberté d’expression et de l’instrumentalisation politique de l’antisémitisme.
Du côté du CRIF, Yonathan Arfi réaffirme que « l’antisémitisme ne connaît pas de cessez-le-feu », appelant à une mobilisation collective. Le gouvernement, lui, semble déterminé à légiférer dans l’urgence, quitte à bricoler des délits d’opinion qui risquent de ne pas survivre à l’examen du Conseil constitutionnel.
L’accusation d’antisémitisme est devenue une arme comme une autre dans le combat politique, et détourne les regards du génocide à Gaza.


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