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Covid-19: «Il faut venir en aide à la Corée du Nord pour éviter un crime humanitaire»

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FIGAROVOX/TRIBUNE - Malgré les déclarations du régime, la Corée du Nord connaît une flambée de cas de Covid-19, affirment Pierre Rigoulot et André Senik. Ils s'inquiètent de la situation sanitaire du pays et alertent sur la nécessité d'une intervention humanitaire.

Pierre Rigoulot est directeur de l'Institut d'histoire sociale et auteur de Pour en finir avec la Corée du Nord (Buchet Chastel, 2018). André Senik est agrégé de philosophie. Il a publié Le Manifeste du parti communiste aux yeux de l'histoire (éd. Pierre-Guillaume de Roux, 2015). Ils sont tous les deux membres du Comité d'aide à la population nord-coréenne.


Après avoir nié toute atteinte de son pays par l'épidémie de Covid, Kim Jong Un vient d'y reconnaître les premiers cas mais n'envisage pas pour autant d'autre riposte majeure que la mise en quarantaine de tous les habitants.

La plupart d'entre eux, il est vrai, sont habitués à ne pas pouvoir sortir de leur pays sinon clandestinement et à ne se rendre d'un endroit à l'autre, à l'intérieur, qu'avec l'autorisation de la police.

Il est donc possible que l'épidémie n'ait effectivement pas touché jusque-là de manière importante ce qu'on appelle «le royaume Ermite». Les déplacements sont exceptionnels et contrôlés. Les diplomates et les responsables privilégiés du secteur économique qui entrent et sortent du pays sont peu nombreux et sans doute…vaccinés !

La Corée du Nord allait cependant plus loin, se disant totalement épargnée par le fléau. Et qui émettait un doute sur cette protection quasi miraculeuse était vilipendé. C'était ne pas tenir compte de l'image que la direction nord-coréenne veut renvoyer d'elle-même: celle d'un État parfait, dirigé par une dynastie de génies politiques. Il était conforme à la légende dorée officielle que la Covid ne puisse faire de mal à cet État modèle.

Vouloir aider la population dévoilait une nature malfaisante en essayant de lui faire profiter, au nord du 38e parallèle, de l'expérience acquise dans le monde dit occidental, de ses médicaments, de ses vaccins.

Pierre Rigoulot et André Senik

Affirmer que les choses pouvaient changer aurait été reconnaitre que la perfection du régime était discutable. C'était se ranger du côté de l'ennemi, l'impérialisme américain, acharné à détruire le monde des régimes populaires, comme ceux de Pyongyang, Moscou ou Pékin.

Pire: vouloir aider la population dévoilait une nature malfaisante en essayant de lui faire profiter, au nord du 38e parallèle, de l'expérience acquise dans le monde dit occidental, de ses médicaments, de ses vaccins. Mais charbonnier est maître chez lui, comme disait Goebbels, et il ne pouvait être question de laisser des étrangers choisir les modalités d'une action humanitaire qu'ils proposaient pourtant de mener bénévolement.

Médecins sans Frontières, Médecins du monde et Action contre la faim avaient, il y a plus d'une vingtaine d'années, renoncé à aider la population nord-coréenne, qui manquait déjà à cette époque de soins médicaux et de nourriture, parce que les médecins et infirmiers envoyés par ces associations ne pouvaient pas entrer en contact avec les malades comme ils le souhaitaient.

Devant la gravité de l'épidémie et le nombre de cas et de morts dus à la Covid, Kim Jong Un a renoncé provisoirement au mythe de la cité idéale sous la conduite éclairée d'un chef génial. Et le 13 mai dernier, l'agence officielle de presse annonçait que Kim Jong Un, toujours aussi génial, avait repéré et dénoncé un point faible dans le dispositif de prévention et admis que près de 190.000 malades étaient touchés. Leur nombre, aujourd'hui, aurait décuplé.

L'OMS ne devrait-elle pas tenter d'imposer une vaccination générale de la population et, si celle-ci était refusée, dénoncer ce qu'il faudrait bien appeler le « crime humanitaire » de Kim Jong Un ?

Pierre Rigoulot et André Senik

Ces estimations sont naturellement à prendre avec des pincettes. Le vrai problème est que l'épidémie, tardivement avouée par les autorités, frappe une population depuis longtemps affaiblie par le manque de nourriture et le sous-équipement médical ; une population à laquelle obstinément, lesdites autorités n'ont pas permis jusqu'ici d'avoir accès à aucun des vaccins et des remèdes que l'étranger honni lui offre.

Le monde entier serait-il impuissant face à une telle tyrannie?

L'Onu et son Organisation mondiale de la santé ont dit leur inquiétude et proposé leur aide mais si le silence des autorités de Pyongyang se prolongeait, ne pourraient-elles faire pression sur la Chine communiste pour qu'elle obtienne de sa protégée nord-coréenne de laisser le monde porter secours à son peuple en danger ?

L'OMS ne devrait-elle pas tenter d'imposer une vaccination générale de la population et, si celle-ci était refusée, dénoncer ce qu'il faudrait bien appeler le «crime humanitaire» de Kim Jong Un ?

Se résigner à abandonner la population de la Corée du Nord sans rien tenter pour lui venir en aide médicale et sans dénoncer un régime qui s'oppose à l'assistance sanitaire à peuple en danger, ce serait lancer un signal désespérant à tous ceux qui savent que les Nord-Coréens sont les victimes du pire des régimes totalitaires qui existent aujourd'hui là-bas et ailleurs.

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