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La France insoumise d’un côté, et le Rassemblement national de l’autre, ont décidé de déposer des motions de censure pour tenter de renverser le gouvernement.

THOMAS SAMSON / AFP
Mathilde Panot à l’Assemblée nationale en novembre 2025.
EN BREF • Les motions de censure de La France insoumise et du Rassemblement national visent à renverser le gouvernement, en critiquant des sujets variés, dont le Mercosur.
• Ces deux partis espèrent déclencher des élections anticipées, mais ne reçoivent pas le soutien nécessaire pour réussir.
• Le gouvernement de Sébastien Lecornu n’est pas menacé, malgré les tensions autour de l’accord Mercosur.
Faire tomber le gouvernement oui, mais sur quelle base ? Ce n’est un secret pour personne que La France insoumise et le Rassemblement national espèrent la chute de Sébastien Lecornu et de ses ministres. Malgré plusieurs échecs, en raison notamment du refus du Parti socialiste de s’y associer, deux nouvelles motions de censure ont été déposées et seront examinées ce mercredi 14 janvier.
Objectif : précipiter l’organisation d’élections législatives pour les uns, d’une élection présidentielle pour les autres. À y regarder de très près, les textes des deux motions de censure sont assez différents. Même s’ils ont été déposés en réaction au vote sur le Mercorur, ils n’insistent pas sur les mêmes sujets et ne préconisent pas les mêmes solutions. Loin de dénoncer la seule signature du traité de libre-échange entre l’Union européenne et le Mercosur, comme cela avait été initialement présenté, ils englobent tout un tas de sujets d’actualité.
Ainsi, la motion de censure déposée par La France insoumise dénonce la « capitulation » de la France « face à la Commission européenne », accusant le gouvernement d’avoir rendu possible « un piétinement de la souveraineté populaire » sur le dossier agricole. Mais très vite, le lien est fait avec d’autres sujets, d’ordre internationaux notamment. « La France humiliée à Bruxelles, mais aussi à Washington, voilà le bilan désastreux d’un Président de la République incapable de condamner la guerre illégale et illégitime des États-Unis contre le Venezuela », écrivent les 57 députés réunis autour de Mathilde Panot, qui confirment que le chef de l’État est autant (voir plus) visé que son Premier ministre dans cette procédure.
Selon LFI, « accepter l’enlèvement du président d’un État souverain, c’est accepter demain la main basse des États-Unis sur toute ou partie du Groenland ». Des mots largement partagés, alors que les volontés d’annexion de Donald Trump préoccupent une bonne partie de la communauté internationale, et donc des Français. Un sondage YouGov pour Le HuffPost a montré que 68 % d’entre eux se disent inquiets par les menaces adressées au Groenland. La question se pose toutefois de savoir si cela a sa place dans une motion de censure destinée à faire tomber Sébastien Lecornu.
Un moyen d’interpellation
D’autant que les insoumis disent aussi souhaiter « la libération immédiate de Nicolás Maduro et de son épouse », ainsi qu’une défense en haut-lieu du « multilatéralisme » et de « la paix ». Soit le domaine réservé d’Emmanuel Macron, qui s’astreint depuis la dissolution ratée de l’été 2024 à un certain volontarisme sur la scène internationale.
Du côté du Rassemblement national également, la signature de l’accord avec le Mercosur n’apparaît pas comme la seule et unique raison de vouloir censurer le gouvernement. Si Marine Le Pen et les siens dénoncent « un échec cinglant pour le Président de la République », contraint d’accepter un accord qu’il ne souhaite pas, ils s’en prennent aussi volontiers au budget actuellement en discussion. Les élus d’extrême droite fustigent « l’incapacité » du gouvernement à « présenter un budget répondant aux crises budgétaire, sociale, sécuritaire et migratoire ».
Ils proposent même une sortie de crise au gouvernement, détournant là l’usage qui est fait de la motion de censure, devenu ici un moyen d’interpellation. « Le recours à l’article 12, et donc à la dissolution de l’Assemblée nationale, est le moyen le plus efficace et le plus démocratique pour sortir notre pays de l’impasse », jugent-ils. Rien de surprenant là-dedans, puisque le RN plaide depuis plusieurs mois pour un retour aux urnes, synonyme en interne d’un succès qui installerait la formation d’extrême droite à Matignon. L’écrire noir sur blanc dans une motion de censure aidera-t-il à y arriver ? Rien n’est moins sûr. Ni le Parti socialiste, ni Les Républicains ne devraient, dans leur majorité, s’associer à ces motions de censure. Sébastien Lecornu peut (pour le moment) dormir sur ses deux oreilles. Et l’accord avec le Mercosur, qui provoque toujours autant de colère dans le monde agricole, ne sera quant à lui nullement affecté par ces deux textes.


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