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Nous sommes en 1956, et Pierre Dreyfus, patron de Renault cherche de nouveaux marchés pour les voitures de la Régie Renault.
Les yeux du constructeur automobile sont tournés vers les Etats-Unis où sera vendue, dès l’année suivante, la Renault Dauphine.
Renault veut conquérir le marché américain avec les mêmes méthodes que Volkswagen quelques années plus tôt avec sa Coccinelle. Une petite voiture simple et pas chère.
Un voyage aux États-Unis
C’est au cours d’un voyage aux Etats-Unis, accompagné de son bras droit Fernand Picard, que Pierre Dreyfus va tomber en admiration d’un cabriolet Karmann-Ghia.
Un magnifique découvrable vendu aux États-Unis par Volkswagen. Pour Dreyfus ce cabriolet est l’exemple parfait de ce qu’il faut faire aux États-Unis : un véhicule image, relativement accessible et apte à faire craquer n’importe quel américain de la côte Ouest.
Pour le patron de Renault, c’est la révélation, et ça tombe bien Ghia a déjà travaillé avec Renault sur la Dauphine.
Le projet 1092 est lancé et confié à Ghia avec un cahier des charges simple : la voiture devra être belle, compacte, pas chère, elle devra reprendre un maximum de pièces existantes et se montrer capable de plaire aux jeunes américains et aux femmes.
Ghia demande à son designer Virgil Exner de tracer les premiers croquis de la voiture, puis une maquette en argile. Une fois l’accord de la Régie obtenu, Ghia va sous-traiter auprès du carrossier Pietro Frua.
Le début des ennuis
Pietro Frua vient de fermer son entreprise de carrosserie et se consacre à son bureau de design. Ghia, qui est son seul client, va reprendre les dessins avant de créer un prototype.
Rapidement le prototype est prêt et Pietro Frua contacte son donneur d'ordre, Ghia, sans succès. Il contacte alors Renault, qui ne lui répond pas non plus.
Aussi fou que cela puisse paraître, personne ne prend soin de répondre à ses questions…et pour cause. Frua a consacré beaucoup de temps à construire deux prototypes, mais Ghia ne semble pas vouloir le payer.
Chez Renault, on ne veut surtout pas se mêler de cette histoire, Frua ayant été mandaté par Ghia. À défaut de nouvelles, Frua décide donc de vendre son travail à un autre constructeur.
Il décide d’exposer sa « Dauphine GT » au salon de Genève en mars 1958.
Règlement de compte
Au moment de l’ouverture du salon de Genève aux médias, Pierre Dreyfus découvre avec stupéfaction, sur le stand de Frua cette « Dauphine GT », qui n’est autre que la future Floride Renault.
Le ton monte, les deux hommes s’expliquent et Frua explique qu’en absence de règlement de sa facture, il a décidé de présenter la découvrable sous son propre nom.
Malgré les ordres de Dreyfus de trouver une solution immédiate au problème, le différend commercial traînera un peu et sera réglé, plus tard, entre Ghia et Frua.
La Floride à Paris
La Renault Floride est finalement dévoilée au Salon de Paris 1958 et sa production débute quelques mois plus tard, au printemps de l’année suivante.
Cette Renault est déclinée sous trois versions, un coupé, un cabriolet et un cabriolet doté d’un hard top. La Floride reprend le moteur de la Dauphine, un 845 cm3 de 40 ch SAE.
Capable de croiser à 125 km/h, ce n’est pas un foudre de guerre mais il s’avère suffisant pour la philosophie “balade” du véhicule.
Finalement la Floride vivra un succès honorable sur le Vieux-Continent mais un échec retentissant sur le marché américain sous le nom de Caravelle.
La Floride de la collection Renault
Une Floride un peu spéciale a été proposée aux enchères lors de la vente Renault chez Artcurial. Cette voiture a la particularité d'avoir été utilisée en 1992 lors du lancement du parc d'attractions Eurodisney, à Marne-la-Vallée.
Comme on peut le voir sur des dépliants d’époque, elle était exposée à l'extérieur, et a servi de support aux visiteurs, pour qu'ils puissent se prendre en photo sur la voiture.
Pour supporter ces conditions exigeantes, sa carrosserie a fait l'objet d'un traitement spécial contre la rouille tout en recevant une peinture particulièrement résistante, et les capots avant et arrière ont été renforcés par une armature en acier les empêchant de ployer sous le poids des comédiens.
Ce traitement a permis à cette voiture d’être bien préservée sur le plan cosmétique. Estimée entre 10 et 15 000 €, cette Floride a été vendue 19 264 €.


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