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Par Le Figaro avec AFP
Le 28 décembre 2025 à 12h00

Le dernier film de Kiwi Chow, un thriller tourné à Taïwan, a été taxé de « contraire aux intérêts de la sécurité nationale », illustrant la manière dont le cinéma de la ville est bridé depuis les manifestations de 2019-2020.
Après quatre mois d’attente, Kiwi Chow a reçu un courrier redouté mais peu surprenant à ses yeux : les autorités de Hong Kong interdisent la diffusion de son dernier film, Deadline. Le réalisateur de 46 ans a annoncé cette semaine sur ses réseaux sociaux l’« interdiction » de son thriller, tourné à Taïwan.
Les autorités « ont estimé qu’il était “contraire aux intérêts de la sécurité nationale”... Mais en quoi ? Personne n’a donné d’explication », a déclaré le réalisateur à l’AFP, qualifiant cette décision d’« absurde ». Ce long-métrage allégorique raconte l’histoire d’une école d’élite secouée par des menaces de suicide. La carrière de ce cinéaste, qui a débuté en 2015, illustre la manière dont l'industrie cinématographique de la ville, autrefois réputée pour son audace et son humour, s'est peu à peu bridée.
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Une liste noire officieuse
Après les manifestations prodémocratie de 2019 - 2020, Pékin a imposé à Hong Kong une loi sur la sécurité nationale qui a mis fin à une grande partie des libertés et garanties juridiques dont bénéficiait ce territoire sous domination britannique jusqu'à sa rétrocession à la Chine en 1997. Dans la foulée, en 2021, les règles de censure cinématographique ont été renforcées.
« Absolument personne ne fera de film au sujet de la situation politique réelle de Hong Kong », a déclaré Kiwi Chow, ajoutant que l'autocensure s'était aussi renforcée dans l'industrie du cinéma. Interrogé au sujet de Deadline, le Bureau de l'administration des films, journaux et articles de Hong Kong n'a pas souhaité faire de commentaires.
Je m’attendais à ne plus pouvoir faire de films pendant assez longtemps et j’étais mentalement préparé à aller en prison
Kiwi Chow, auteur d’un documentaire sur les manifestations de 2019 - 2020Les autorités de Hong Kong, qui n’avaient interdit aucun film entre 2016 et 2020, ont censuré 13 films pour des raisons de sécurité nationale entre 2021 et juillet 2025. Tandis que 50 films ont été « contraints d'être modifiés », a déclaré le Bureau à l'AFP. Pour Kiwi Chow, son film n'a probablement pas été écarté en raison de son contenu, mais de ses années passées à faire fi des interdits de Pékin, qui l’aurait placé sur une liste noire officieuse. Pendant le tournage de Deadline, « je me suis senti très seul », a-t-il confié.
Dans l’un des courts-métrages de Ten Years, sorti en 2015, il dépeignait une version dystopique de la ville qui s'inspirait du sentiment de malaise général face à l'autorité croissante de Pékin. Kiwi Chow se souvient des foules qui se pressaient à Hong Kong aux projections communautaires.
Un documentaire sur les manifestations
Le segment de Ten Years qu'il a réalisé se termine par une scène montrant une femme âgée s'asperger d'essence et allumer un briquet. « L’auto-immolation était un symbole de sacrifice. Je voulais demander aux Hongkongais: “Dans quelle mesure êtes-vous prêts à vous sacrifier pour des valeurs telles que la liberté et la justice ?” », a-t-il expliqué.
Les manifestations prodémocratie de 2019 furent sa réponse. D’une ampleur et d’une violence sans précédent, elles ont conduit à plus de 10 200 arrestations et plus de 200 condamnations en justice. Kiwi Chow en a fait un documentaire, Revolution of Our Times, présenté en avant-première à Cannes en 2021. Il n’a pas essayé de le projeter à Hong Kong et a conservé l'anonymat de toute l'équipe de production.
« Je m'attendais à ne plus pouvoir faire de films pendant assez longtemps et j'étais mentalement préparé à aller en prison », a-t-il déclaré. Kiwi Chow n'est pas allé en prison, mais investisseurs et collaborateurs lui ont tourné le dos. Aucune école hongkongaise n'a accepté d’accueillir le tournage de Deadline, l'obligeant à déplacer la production à Taïwan, où le film est sorti le mois dernier.
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Des soutiens hongkongais du cinéaste se sont rendus à Taïwan pour assister à des projections de Deadline. L’un des organisateurs a déclaré avoir été fouillé par les douanes à son retour. Interrogé, le contrôle aux frontières de Hong Kong a refusé de commenter cette information. Quant à Kiwi Chow, le cinéaste déclare ne pas vouloir « abandonner » la ville, malgré la main toujours plus prégnante des autorités.


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